Un sous-marin de la classe Soryu à la base navale de Kure, en octobre 2019.

Début novembre a été lancé à Kobe le dernier sous-marin de la classe Soryu des forces d’autodéfense maritimes japonaises (Fad, la marine de guerre nippone). Le JS Toryu, qui veut dire « dragon combattant » en japonais, est le 6e de cette classe construit par Kawasaki Heavy Industries, les six autres l’ayant été par Mitsubishi Heavy Industries. Le submersible, qui a été mis en cale en janvier 2017, devrait être livré à la marine en mars 2021.

Ce nouveau sous-marin est un élément clé de la bataille navale en mer de Chine et plus généralement dans le Pacifique et au-delà.

Le premier exemplaire de cette classe de sous-marins, à propulsion classique a lui été lancé en décembre 2007, et est entré en service en 2009.

Cette classe marque une rupture technologique, notamment depuis le 11e exemplaire de la classe entré en service le 18 mars 2019, utilisant des batteries au lithium-ion qui ont une capacité double par rapport aux batteries utilisées auparavant au plomb.

Avec ces sous-marins, le Japon devient le premier pays à être équipé de batteries au lithium.

La classe Soryu est une version améliorée de la classe Oyashio. Ce sont les plus grands sous-marins conventionnels du monde. Les dimensions sont impressionnantes : 84 mètres de long et 9 de large, ils déplacent 2950 tonnes en surface et 4100 en plongée ! Mus par des moteurs diesel, ils peuvent atteindre 20 nœuds en plongée, 13 en surface.

Ces sous-marins donnent un avantage technologique certain sur leurs rivaux.

Certes, ils sont coûteux — 496 millions de dollars l’unité —, mais ils sont équipés de 6 tubes lance-torpilles de 533 mm qui peuvent tirer la torpille lourde japonaise de type 89. Ils peuvent également lancer le missile antinavire à moyenne portée UGM-84-C Harpoon qui peut détruire des navires de surface.

Comme l’a expliqué Yann Rozec dans son brillant mémoire « L’arme sous-marine, pilier du système de défense maritime du Japon », réalisé dans le cadre du diplôme Défense et Sécurité de l’école IRIS Sup’ en 2013, « la torpille 89 possède une charge de 267 kilos, une vitesse de 40 ou 70 nœuds, et une portée de 30 ou 50 kilomètres. Ces torpilles lourdes peuvent être utilisées aussi bien contre un bâtiment de surface que contre un sous-marin ennemi. Ce type d’armes est l’un des instruments principaux de la lutte anti-sous-marine ».

Par ailleurs, les nouvelles batteries au lithium permettent aux sous-marins d’éteindre leur moteur à propulsion diesel pendant des durées longues et de mettre en marche les batteries au lithium beaucoup plus silencieuses sous l’eau, réduisant ainsi la signature acoustique de ces sous-marins et les rendant difficiles à détecter.

En outre, ils sont dotés de revêtements anéchoïques : des tuiles de caoutchouc recouvrent la surface du sous-marin afin d’absorber les ondes et les rendent encore plus difficilement détectables. Ils sont aussi équipés du système AIP (Air independent propulsion) qui permet au sous-marin de rester sous l’eau jusqu’à deux semaines.

Ces navires ont également un rayon d’action de 6100 nautiques (11 297 kilomètres) et peuvent descendre jusqu’à 650 mètres. Outre, cette portée remarquable, ils peuvent engager des navires ennemis jusqu’à 70 kilomètres de distance. Enfin, le sous-marin est équipé d’un système informatisé d’origine suédoise qui accroît sa manœuvrabilité dans les eaux peu profondes, ce qui le rend très polyvalent.

Avec ce sous-marin, le Japon accroît sa capacité défensive et offensive face à la menace navale chinoise qui est très clairement identifiée dans les Livres blancs de la Défense japonaise publiés chaque été par le ministère de la Défense japonais.

Il complète le système de surveillance des eaux territoriales japonaises et contribue à leur défense effective, y compris dans les eaux éloignées comme les îles Senkaku revendiquées par la Chine, alors que la posture de défense japonaise est réorientée vers le sud.

En outre, comme le soulignait Yann Rozec, « les Fad maritimes entendent positionner leurs sous-marins dans des zones stratégiques afin de garantir la sécurité des axes maritimes, le Japon utilise ses bâtiments afin de protéger ses côtes et de défendre les trois détroits stratégiques de Soya, Tsugaru et Tsushima ».

Par ailleurs, avec cette dernière acquisition, la flotte sous-marine passe de 18 à 22 sous-marins. C’est conséquent d’autant plus que la Chine a elle-même beaucoup augmenté sa flotte sous-marine depuis 1992. Selon la revue DSI de novembre 2019, la Chine dispose de 14 Song, 18 Yuan, 12 Kilo et un reliquat de 12 Ming. Mais ces navires — même les plus récents — sont moins performants et beaucoup plus bruyants.

Ainsi, avec l’entrée en service prochaine du nouveau sous-marin de la classe Soryu, le Japon marque une nouvelle rupture technologique et maintient un avantage stratégique face aux velléités expansionnistes chinoises.