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Le dernier rapport RAMSES de l’Institut français des relations internationales (IFRI), qui couvre l’actualité des relations internationales sur la période juillet 2015-juillet 2016, vient de paraître. Fruit du travail de l’équipe multidisciplinaire de ce think tank sis à Paris, il met en lumière les tendances qui dominent les relations internationales dans cette période compliquée et agitée. Les relations internationales, comme l’indique en préliminaire le directeur de l’IFRI, Thierry de Montbrial, sont de nature très largement interétatiques. Le poids des Etats-nations est dominant dans la mondialisation qui n’est pas vraiment « heureuse » et a un seul sens mais qui néanmoins continue de produire ses effets. Les tensions sont multiples, les intérêts divergents et les centres de pouvoir nombreux dans ce monde éclaté. Aussi, M. de Montbrial appelle à une meilleure gouvernance de la planète pour trouver un semblant d’ordre.

Trois points de tension sont particulièrement mis en avant dans ce rapport paru chez Dunod : les questions de sécurité et de terrorisme ; la crise et la déstabilisation durable du Moyen-Orient ; l’état et l’avenir de l’Union européenne. Le terrorisme international se développe, même si l’organisation Etat islamique subit des revers en Syrie-Irak, et est un phénomène durable contre lequel il faudra lutter pendant des décennies, ce qui pose la question de la résilience de nos sociétés, dont celle de la société française qui est plutôt bonne malgré la multiplication des attentats sur notre territoire. Il faut toutefois affiner nos politiques publiques en la matière, estime Joseph Henrotin, chercheur associé à l’IFRI et rédacteur en chef de la revue DSI. Au-delà de l’engagement militaire sur plusieurs fronts, il y a la nécessité d’une stratégie globale antiterroriste. Le terrorisme est favorisé par la déstabilisation durable du Moyen-Orient, divisé par des Etats affaiblis, sans unité. Cette division et cet éclatement posent de sérieux problèmes de sécurité à l’Europe voisine. Dans ce contexte où va justement l’Europe ? Elle est largement sans projet structurant et affaiblie par les populismes et la division européenne et aussi par une construction communautaire axée sur le marché et sans vision politique.

Pourtant un projet est nécessaire pour sortir de l’ornière, pour que l’Union européenne puisse jouer un rôle sur la scène internationale et défendre ses intérêts alors que le cœur du monde se déplace vers l’Aise-Pacifique. L’IFRI propose d’aller vers plus de solidarité. Une vision qui a tout son sens et un fondement historique à l’heure où les égoïsmes nationaux suicidaires triomphent. En effet, que pourraient des Etats redevenus souverains face à la mondialisation et aux grandes puissances ?

L’ouvrage, très clair et bien illustré de cartes, aborde aussi des questions régionales, allant de la politique de l’Europe face aux migrations, aux rivalités sino-américaines en Asie de l’Est, ou au renforcement du parti communiste chinois en Chine continentale. On se rend compte ainsi que l’immigration est instrumentalisée à de basses fins politiques à travers le thème de l’identité nationale qui fustige l’étranger musulman. On apprend ainsi que le pouvoir chinois se renforce sans cesse et mène une campagne anti-occidentale sévère pour lutter contre l’influence des valeurs occidentales et promouvoir les valeurs chinoises et marxistes. Une telle évolution est inquiétante sur la volonté d’ouverture réelle de la Chine au monde …

Au total, le RAMSES 2017 propose une vision assez inquiétante de l’évolution du système international, qui appelle à un vrai sursaut européen – celui de la dernière chance ? – pour redonner sens au projet européen, remobiliser les peuples et éviter que l’Europe ne sorte de l’histoire du monde.

Edouard PFLIMLIN