Parade militaire à Moscou, le 9 mai 2009. Source : http://www.kremlin.ru/sdocs/news.shtml#216059, Auteur : Alexander Yuriev
Parade militaire à Moscou, le 9 mai 2009. Source : http://www.kremlin.ru/sdocs/news.shtml#216059, Auteur : Alexander Yuriev

En matière de dépenses de défense, les années se suivent et se ressemblent sur la planète Terre ! Globalement, en 2014, les dépenses ont été estimées à 1 776 milliards de dollars, ce qui représente une baisse marginale de 0,4 % en termes réels comparée à 2013, selon les données publiées lundi par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

C’est la troisième année que les dépenses baissent en termes réels, néanmoins les dépenses militaires mondiales ne se situent que 1,7 % en dessous de leur pic de 2011, et restent significativement au-dessus des niveaux de la fin des années 1980, quand prenait fin de la Guerre froide.

La tendance observée les dernières années – où les dépenses ont baissé en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis, mais ont crû ailleurs – s’est largement prolongée en 2014. En Europe centrale, les dépenses ont rompu la tendance et ont recommencé à s’accroître après les fortes baisses après la crise financière qui a commencé en 2008.  L’Afrique, l’Asie, l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient ont vu de fortes augmentations.

Et à l’exclusion des Etats-Unis, la dépense militaire « pour le reste du monde » n’a cessé d’augmenter depuis 1998 et a grimpé de 3,1 % en 2014.

Les 15 premiers pays dépensiers de la planète sont restés les mêmes, bien qu’il y ait eu quelques changements dans le classement. L’Inde a gagné deux places, avançant du 9e au 7e rang, passant devant le Japon, alors que Brésil et Italie ont échangé leur place passant respectivement au 11e et 12e rangs.

Alors que les Etats-Unis demeurent le plus grand Etat dépensier de la planète, avec un budget militaire quelque trois fois supérieur à celui du deuxième, la Chine, ses dépenses ont baissé de 6,5 % en 2014. La baisse doit se poursuivre en 2015 bien qu’à un rythme plus faible. Depuis l’acmé des dépenses atteint en 2010, la dépense de défense américaine a reculé de 19,8 % en termes réels. Mais les Etats-Unis représentent encore plus d’un tiers (34 %), des dépenses mondiales, malgré la baisse continue depuis des années. De 2005 à 2014, les dépenses ont diminué de … 0,4 %. Aussi, les Etats-Unis se maintiennent à un haut niveau et au même en termes réels que lors du précédent pic à la fin des années 1980 !

 

L’Asie dépasse largement l’Europe

 

Le rival chinois, en pleine ascension, dépenserait selon le SIPRI quelque 216 milliards de dollars en 2014, soit une hausse de 9,7 %. Mais en proportion du produit intérieur brut (PIB) chinois, la part est assez stable, à environ 2-2,2 % du PIB de l’empire du milieu.

L’Arabie saoudite, a, elle, fortement accru ses dépenses (+ 17 %), en raison d’un environnement conflictuel et instable. La question demeure de savoir si elle pourra soutenir un tel effort qui représente déjà 10,4 % de son PIB alors que les prix du pétrole se sont effondrés. Riyad dispose toutefois de substantielles réserves de changes dans lesquelles il peut puiser.

La Russie, du fait de la chute des recettes pétrolières, a coupé de 5 % dans ses dépenses prévues en 2015, et cela malgré son implication dans le conflit ukrainien et sa relation de plus en plus hostile avec l’Ouest. Le budget russe est néanmoins supérieur de 15 % en 2015 en termes réels à celui de 2014 qui atteignait déjà quelque 84,5 milliards de dollars.

La tendance à la divergence entre l’Asie et l’Europe se confirme. Ainsi, les dépenses militaires en Asie et Océanie ont progressé de 5 % en 2014 et de … 62 % entre 2005 et 2014, parvenant à 439 milliards de dollars à prix courants. Tous les pays, à l’exception de Fidji, du Japon et du Laos, ont augmenté leurs dépenses depuis 2005. Mais le rythme de croissance ralentit depuis 2009. Ainsi, le budget chinois a doublé en termes réels de 2004 à 2009, mais n’a crû que de 48 % entre 2009 et 2014.

Certains pays de la région effectuent un effort soutenu. C’est le cas du Vietnam dont les dépenses ont progressé de 128 %, reflétant les tensions liées aux différends territoriaux en mer de Chine méridionale, notamment avec Pékin.

 

Crise ukrainienne et dépenses à l’Est

La tendance diffère en Europe où les dépenses n’ont augmenté que de 0,6 % en 2014 et de 6,6 % en termes réels de 2005 à 2014. Ceci cache des différences considérables. En Europe de l’Est , les dépenses ont crû de 8,4 % en 2014, atteignant 93,9 milliards de dollars, alors que dans les pays d’Europe de l’Ouest et centrale, la baisse est de 1,9 % à 292 milliards de dollars. Depuis 2005, les pays d’Europe de l’Est ont vu leurs dépenses croître de 98 %, alors qu’en Europe centrale et de l’Ouest elles ont chuté de 8,3 %. Du fait du conflit avec la Russie, le budget militaire ukrainien a explosé de 23 % en 2014, celui de la Russie de 8,1 %. L’Ukraine va même doubler le budget de ses forces armées en 2015, quand Moscou les augmentera de 15 % !

La Pologne a accru de 13 % ses dépenses, du fait de son programme de modernisation militaire pour la période 2013-2022. D’autres pays de la région, notamment les pays Baltes, ont augmenté leurs dépenses, commençant dès lors à inverser les fortes réductions qui avaient suivi le déclenchement de la crise financière de 2008-2009. Cette tendance devrait se poursuivre en 2015, en réaction notamment à la crise ukrainienne. Le budget lituanien de défense devrait ainsi progresser de 50 % en 2015 !

Ailleurs, les budgets se sont réduits en 2014 dans la plupart des Etats ouest-européens en raison des politiques d’austérité budgétaire menées par les gouvernements. Ainsi en France, le cœur du budget de défense – qui exclut les pensions et la gendarmerie – est constant en  en 2015 à 33,8 milliards de dollars, en ligne avec la loi de programmation militaire, signifiant une légère baisse en termes réels.

Outre-Rhin, l’Allemagne a cependant indiqué en février un plan pour accroître ses dépenses militaires à moyen terme, signe que les tensions à l’Est de l’Europe inquiètent notre grand voisin. La prolongation de ce conflit aux marges de l’Union européenne pourrait donc modifier la donne et mettre fin à la baisse spectaculaire des dépenses militaires en Europe de l’Ouest.