Le drapeau de l'OTAN est levé lors de la cérémonie d'ouverture des Ex JAZZ STEADFAST dans la zone d'entraînement de Drawsko Pomorskie, Pologne, le 3 novembre 2013. Source : SFJZ13
Le drapeau de l’OTAN est levé lors de la cérémonie d’ouverture des Ex JAZZ STEADFAST dans la zone d’entraînement de Drawsko Pomorskie, Pologne, le 3 novembre 2013. Source : SFJZ13

Les pays membres de l’OTAN – hors Etats-Unis qui représentent 75 % du budget avec 584,2 milliards de dollars de dépenses, soit 3,6 % de leur PIB – dépensent toujours moins en matière de défense malgré les promesses d’augmenter ces investissements face à la nouvelle menace russe, indique une étude publiée jeudi 26 février par l’European Leadership Network (ELN). Ell compile les données rendues publiques dans 14 pays membres de l’Alliance atlantique pour 2015 pour vérifier si cela va dans le sens de l’engagement pris il y a six mois d’augmenter les dépenses de défense, pour atteindre 2 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2024.
Cette décision, prise lors d’un sommet de l’OTAN au Pays de Galles en septembre 2014, répondait à « un environnement sécuritaire totalement nouveau, avec la Russie qui agresse l’Ukraine », avait souligné le secrétaire général de l’époque, Anders Fogh Rasmussen. Il s’était félicité d’« une prise de conscience » après à la baisse régulière des budgets de défense dans les pays de l’Alliance. Mais en 2015, seule l’Estonie est conforme aux engagements de l’OTAN avec un budget défense à 2,05 % du PIB.

Réduction de dépenses dans les grands pays

Six pays vont réduire les dépenses de défense en 2015. Il s’agit notamment des deux des plus grands dépensiers de l’OTAN en matière de défense en Europe, le Royaume-Uni (55 milliards de dollars en 2014) et l’Allemagne (44,3 milliards de dollars) auxquels s’ajoutent le Canada, l’Italie, la Hongrie et la Bulgarie. La France, l’autre des «trois grands» de l’OTAN en Europe est en course pour un budget de la défense stable en 2015 par rapport à 2014 (40,9 milliards de dollars).

En Grande-Bretagne, le budget des armées devrait atteindre 35,5 milliards de livres (48,4 milliards d’euros) en 2015/2016, à 1,88% du PIB contre 2,07% en 2014, soit le niveau le plus bas depuis 25 ans, selon les chercheurs. L’Allemagne a établi son budget de défense à 32,26 milliards d’euros en 2015, soit 1,09% du PIB contre 1,14% en 2014 et 1,3% en 2013.

« Ceci pose la question de savoir si l’Allemagne pourra contribuer aux besoins généraux de l’OTAN en matière de défense », écrivent les chercheurs Denitsa Raynova et Ian Kearns, qui pointent « des problèmes techniques et un manque de
personnel qualifié ».  Le budget français, de 31,4 milliards d’euros, représente 1,5% du PIB (1,8% si on y inclut les retraites) comme l’année précédente, et « la position budgétaire » actuelle du pays n’incite guère à tabler sur un rebond des dépenses, relève la note.

La Pologne se rapproche du seuil 2% du PIB consacré à la défense, mais ne l’atteint pas et est l’acteur majeur parmi un groupe de six pays, beaucoup d’entre eux qui dépensent peu en valeur absolue mais qui augmentent les dépenses de défense en 2015 tout en deçà des 2 % cible. Ce groupe comprend la Lettonie, la Lituanie, la Norvège, les Pays-Bas et la Roumanie. Les pays baltes et la Pologne, anciens satellites soviétiques, de loin les plus inquiets en Europe devant les menées russes, sont les plus volontaires.

En revanche, le Canada (1 % du PIB) ou l’Italie, qui a annoncé un milliard d’euros d’économies dans ses dépenses, mais aussi la Bulgarie et la Hongrie vont encore plus loin dans les coupes. « Certains pays continuent de faire comme si
de rien n’était (…) faisant dans certains cas exactement l’opposé de ce que l’Alliance a promis », estiment-ils.

Appel à plus grande coopération en matière de défense ».

Le rapport conclut que : « la rhétorique sortant du Sommet de l’OTAN au Pays de Galles a eu peu d’effet sur les grands dépensiers de défense européennes (Royaume-Uni, France et Allemagne). Derrière la façade d’unité de l’OTAN, les perceptions de la menace réelle diffèrent sensiblement entre les alliés et cela se reflète dans leurs approches divergentes face aux décisions budgétaires ». Il y a peu de signes d’un changement important dans la tendance à la baisse à long terme de l’Europe dans les dépenses de défense, malgré les inquiétudes sur les développements au Moyen-Orient et en Russie. Aucun des pays de l’OTAN n’a examiné le financement ou le soutien interne pour moderniser totalement ses forces armées et développer totalement sa capacité individuelle de la défense.

Dans ce contexte, « plus de coopération de défense entre alliés est la seule solution réaliste ».

 

Sources : AFP, ELN