Un char ukrainien dans le Donbass (est de l'Ukraine), le 30 juillet 2014. Source : https://picasaweb.google.com/102652274152528116947/30072014 . Auteur : ВО «Свобода»
Un char ukrainien dans le Donbass (est de l’Ukraine), le 30 juillet 2014. Source : https://picasaweb.google.com/102652274152528116947/30072014 . Auteur : ВО «Свобода»

La situation militaire se dégrade rapidement en Ukraine pour Kiev au profit ses séparatistes pro-russes qui gagnent du terrain. La Russie soutient les séparatistes et développe rapidement ses forces armées. L’OTAN doit réagir !

Le secrétaire général de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), Jens Stoltenberg, a souligné vendredi 30 janvier l’ampleur des défis auxquels était confrontée l’Alliance atlantique après une « année noire » au cours de laquelle l’intervention de la Russie en Ukraine, qui soutient les séparatistes pro-russes, et les attentats en Europe ont sapé la sécurité sur le Vieux continent. Il présentait le rapport annuel de l’organisation de sécurité collective, fondée en 1949 et dont le siège est à Bruxelles.

 « Notre environnement de sécurité a connu une profonde mutation. Au sud, l’extrémisme violent est à nos frontières, propageant l’insurrection à travers l’Iraq et la Syrie et exportant la terreur jusque dans nos rues. À l’est, la Russie a employé la force militaire pour annexer la Crimée, déstabiliser l’est de l’Ukraine et intimider ses voisins. Ces menaces mettent à mal l’ordre international que nous avons bâti depuis la chute du mur de Berlin, un ordre qui incarne nos valeurs démocratiques et sur lequel repose notre mode de vie », a déclaré M. Stoltenberg.

 Dans ce contexte, le secrétaire général de l’OTAN a appelé les 28 Etats membres à remplir leurs engagements d’augmenter leurs dépenses en matière de défense après des années de baisse. Les chefs d’Etat de l’OTAN se sont engagés l’an dernier à porter à 2% du PIB d’ici 10 ans les ressources consacrées à la défense, largement en raison des craintes suscitées par la politique jugée agressive de la Russie. Après la Guerre froide, de nombreux alliés avaient réduit leurs budgets de défense pour tirer profit des « dividendes de la paix », les ramenant pour certains à moins de 1% de leur PIB. Il s’agit, selon M. Stoltenberg, d’un mauvais calcul, même en période d’austérité. La Russie a elle aussi ses problèmes économiques, mais cela ne l’a pas empêchée d’accroître ses investissements dans le secteur de la défense depuis plusieurs années, a-t-il souligné.

Malgré ses problèmes financiers dues aux sanctions internationales, à la chute du rouble et des prix du pétrole, le gouvernement russe entend mener à bien un ambitieux programme de près de 300 milliards de dollars en vue de moderniser ses forces d’ici 2020, expliquait récemment l’agence de presse Reuters. L’armée va ainsi recevoir cette année une cinquantaine de nouveaux missiles nucléaires intercontinentaux, a annoncé le chef d’état-major des forces armées russes, le général Valeri Guerassimov, lors d’une réunion récente à Moscou. Le projet de modernisation des forces armées conçu par le président Vladimir Poutine vise à renouveler entre 70 et 100 % des armes et du matériel d’ici cinq ans, a confirmé lors de cette réunion le ministre de la défense Sergueï Choigou.

Il a précisé que les effectifs de l’armée russe allaient être renforcés dans les zones stratégiques en raison de la situation « politico-militaire ».

LA RUSSIE APPUIE L’UTILISATION DE LA FORCE CONTRE l’UKRAINE ET KIEV SANS MENAGEMENT

« Nous avons vu que la Russie est prête à utiliser la force », a souligné M. Stoltenberg, évoquant l’Ukraine, la Géorgie et la Moldavie. Interrogé sur de possibles contacts avec Moscou pour apaiser les tensions, il a rappelé, souligne l’agence France Presse (AFP), que l’OTAN avait gardé ouverts des canaux de communication pour un dialogue politique et pour permettre aux militaires des deux camps d’échanger des informations, même si toute coopération pratique avec Moscou a été suspendue depuis le début de la crise ukrainienne. Mais il a conclu en Avant-propos du rapport intitulé « Garder une OTAN forte » : « 

« L’an dernier, les fondements mêmes de l’ordre euro-atlantique ont été ébranlés. Mais comme le montre clairement le présent rapport annuel, la réponse de l’OTAN a été ferme, et elle le restera. L’OTAN s’adapte au nouvel environnement de sécurité, comme elle l’a fait tout au long de son histoire. Toujours, nous défendrons nos valeurs et garderons nos pays sûrs. »

Pour cela l’OTAN ne peut rester indifférente à la crise en Ukraine et les Occidentaux plus généralement. Les choses sont-elles en train de bouger ? Il serait temps en tout cas face à la percée des séparatistes pro-russes soutenus par Moscou, notamment dans l’est et le sud-est de l’Ukraine autour du port ukrainien de Marioupol, ce qui inquiète fortement Kiev qui demande des armes aux pays de l’Ouest comme l’a fait récemment le président ukrainien Porochenko.

ARMER L’UKRAINE

L’administration américaine n’exclut pas de renforcer l’aide militaire à l’Ukraine et de lui fournir des armes défensives contre les séparatistes prorusses, ont indiqué lundi 2 février des hauts responsables américains à l’AFP. Les opinions sur le sujet dans l’administration « ont mûri », étant donné le soutien de la Russie aux séparatistes et les violations récentes du cessez-le-feu, a indiqué un autre responsable militaire. « Aucune option n’est sur la table (mais) aucune n’en est exclue. Une discussion est en cours », a de son côté déclaré la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki, lors de son point de presse quotidien. Le New York Times avait pour la première fois évoqué dimanche 1er février le fait que l’administration Obama envisageait de fournir des armes à l’Ukraine, alors que jusqu’à présent elle s’y était opposée. Le commandant en chef de l’OTAN, le général Philip M. Breedlove soutient désormais la fourniture d’armes défensives à Kiev.

Lundi, Michèle Flournoy, ancienne numéro 3 du Pentagone, l’ancien ambassadeur à l’OTAN Ivo Daalder et d’autres experts proches de la Maison Blanche ont également pris position publiquement en faveur de la livraison d’armes « défensives » à l’Ukraine. L’Ouest doit « augmenter les risques et les coûts » que représenteraient une nouvelle offensive pour la Russie, selon un rapport signé par ces personnalités issues aussi de think tanks comme The Brookings Institution.

Celui-ci recommande de fournir 1 milliard de dollars d’armement dès 2015, puis 1 milliard en 2016 et 2017. Il s’agirait d’équipements de type radars anti-artillerie – 70 % des pertes militaires ukrainiennes sont provoquées par l’artillerie et les batteries de fusées à longue portée – , des drones de surveillance, outils de brouillage électronique, mais aussi des missiles anti-véhicules blindés, notamment les missiles antichars Javelin, destinés à dissuader toute nouvelle offensive russe en causant des pertes dans les blindés ennemis supérieurs à ceux de Kiev et plus nombreux.

La Pologne, les États baltes, le Canada et la Grande-Bretagne, indique le rapport, pourraient également fournir des armes défensives si les États-Unis prenait la tête d’une telle initiative pour aider Kiev et l’Ukraine.

« Nous continuons de voir quelle est la meilleure manière de soutenir l’Ukraine. Notre objectif reste d’aboutir à une solution par des voies diplomatiques. Et nous examinons en permanence d’autres options qui pourraient permettre de faire place à une solution négociée de la crise », a argumenté Mme Psaki. « Nous nous réservons le droit d’envisager toute une gamme d’options », a souligné Mme Psaki, avançant le même argumentaire développé il y a des mois par Washington sur l’opportunité ou non d’armer l’opposition en Syrie.

Les Etats-Unis accusent la Russie d’armer les rebelles, ce que Moscou dément, mais ils ont exclu jusqu’à présent de fournir des armes à Kiev, se limitant à une assistance militaire, comme des gilets pare-balles, de l’équipement médical et des radars. Moscou envoie aussi ses propres troupes sur le terrain que Washington estime autour du millier mais probablement beaucoup plus selon Kiev.

Très critique contre Moscou sur la crise ukrainienne, Washington fait toutefois tout pour ne pas envenimer davantage ses relations avec la Russie. « Je ne pense pas que quiconque veuille d’une guerre par procuration avec la Russie. Ce n’est pas l’objectif. Notre objectif est de changer le comportement de la Russie. C’est pour cela que nous avons mis en place des sanctions », a expliqué la porte-parole du département d’Etat, rapporte l’AFP.

Toutefois, au regard du nombre considérable de victimes, plus de 5 000 côté ukrainien, il est temps de stopper la progression des séparatistes soutenus par Moscou qui n’hésitent pas à massacrer des civils comme le montre le bombardement récent d’un marché à Marioupol qui a fait plus de 30 morts. Si personne ne les stoppe, leur progression peut continuer sans limites ou presque…

Edouard PFLIMLIN

Sources : Agence France Presse (AFP)

Agence Reuters

Site de l’OTAN

Site de la Brookings Institution