Drapeaux devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles. Photo : Amio Cajander
Drapeaux devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles. Photo : Amio Cajander

L’Union européenne (UE) est désorientée, sans direction et sans projets mobilisateurs. Le constat n’est pas nouveau, mais l’UE est déstabilisée par une crise économique et financière profonde, qui pourrait prendre la forme d’une déflation aux risques durables. Cette crise est associée à l’insuffisance du processus de réformes institutionnelles nécessaires pour la sortir de l’ornière, alors qu’elle paie encore des élargissements mal maîtrisés par des leaders politiques en panne de vision. Ils font d’elle un bouc émissaire de tous nos maux, expliquant la désaffection des opinions publiques à son égard. Tel est le bilan que dresse Panayotis Soldatos, professeur émérite à l’université de Montréal et titulaire d’une chaire Jean-Monnet à l’université Jean-Moulin – Lyon-III, dans son dernier ouvrage.

Ce fin observateur de l’UE, favorable à une Europe plus unie – il dirige la Revue d’intégration européenne –, dresse ce constat accablant sur un ton incisif et dans une écriture précise et engagée, qui porte sur l’histoire des quatre dernières années d’une construction européenne à plusieurs titres menacée. Il montre les facteurs lourds qui pèsent sur notre avenir commun, l’horizon indépassable de nos concitoyens n’étant plus les frontières de l’Hexagone, mais une Europe renforcée pour faire face aux défis de la mondialisation et à ceux posés par de nouvelles grandes puissances (Chine et Inde) et d’autres, émergentes, comme le Brésil ou la Russie.

« Cercles concentriques »

Or M. Soldatos observe que le « couple franco-allemand », dont il rappelle les fruits (politique agricole commune, euro et traité de Maastricht…), est de plus en plus divisé par des visions stratégiques et un poids économique sans cesse divergents. Mais l’auteur, qui est pour une Europe de « cercles concentriques », « avec une zone euro en dynamique de fédéralisation » et un noyau dur de l’UE comme alternative à l’élargissement sans fin de ses frontières, souligne que les propositions allemandes en ce sens sont souvent écartées par la France.

Selon lui, pour revitaliser ce couple en crise, la « convergence des volontés politiques des élites dirigeantes [des deux pays] et de leur acceptation du coût politique afférent » n’est pas suffisante. Elle présuppose la convergence socio-économique d’ordre structurel des deux sociétés pour en faire un moteur d’entraînement de l’ensemble de la zone euro et de l’Union vers une gouvernance économique à caractère supranational. C’est aussi tout l’intérêt de ce livre, qui aborde de nombreux thèmes politiques, économiques et citoyens d’une Europe déconfite, que de formuler des propositions qui pourront inspirer des dirigeants français et européens, parfois en panne d’imagination, et les inviter à poursuivre les réformes entreprises. Sans quoi, le couple franco-allemand se délitera, conduisant à la fin de l’intégration européenne, « laissant au bord du chemin le rêve de Jean Monnet pour les Etats-Unis d’Europe ».

Panayotis Soldatos, Chroniques sur une Union européenne en mal de réforme. Repères d’orientation critique, Academia, L’Harmattan, 208 pages, 20 euros.
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