Dimanche prochain, le 25 mai, nous devons élire les prochains députés du Parlement européen. Ces élections s’annoncent périlleuses pour la démocratie européenne en raison de l’abstention et du vote populiste en faveur du Front national. Un phénomène qui n’est pas franco-français.

Une vague populiste anti-européenne

A droite comme à gauche, les anti-européens ont le vent en poupe : selon les projections du site Pollwatch 2014, la droite populiste et la gauche radicale obtiendraient 147 sièges sur 766 contre 64 pour la période qui vient de s’écouler.

En France, depuis le séisme du 21 avril 2002 où Jean-Marie Le Pen s’était retrouvé au deuxième tour de l’élection présidentielle, le Front national ne cesse de gagner du terrain et s’implante durablement dans le paysage politique. Selon les sondages, le Front national risque d’arriver en tête devant l’UMP et le Parti Socialiste aux élections européennes.

Le populisme, la Hongrie l’expérimente depuis 2010 : Viktor Orban, leader du parti conservateur Fidesz, n’a eu de cesse d’affaiblir les contre-pouvoirs et de réviser la Constitution hongroise dans un sens liberticide depuis 4 ans. Sans parler des discriminations qui frappent les minorités, notamment les Roms. Le Jobbik, le parti d’extrême-droite, que Orban voulait affaiblir en s’inspirant de ses idées, a progressé lors des dernières élections législatives avec 20,66 % des suffrages exprimés.

Le Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders aux Pays-Bas, allié de Marine Le Pen dans ces élections, est tout aussi dangereux. Son crédo : lutter contre l’immigration musulmane qui ne souhaite pas s’intégrer. Pour lui, l’Islam n’est pas une religion mais une idéologie. Il a ainsi comparé le Coran avec Mein Kampf… Si rien n’est fait, la langue néerlandaise va disparaître et l’Islamisme gagnera les Pays-Bas. Il pourrait arriver en tête aux élections européennes dans ce pays qui était connu pour sa tradition de tolérance et d’ouverture.

Le parti pour la liberté aux Pays-Bas (PVV), le United Kingdom Independence Party (UKIP) en Grande-Bretagne, qui pourrait rafler près de 35 % des voix, le Fidesz et le Jobbik en Hongrie, le Front national en France… Une vague populiste anti-européenne est en train de se former en Europe.

S’ils sont différents d’un pays à l’autre, ces partis s’appuient tous sur un rejet de l’Europe, un repli des nations sur elles-mêmes et, dans de nombreux cas, l’abandon de l’euro. Ils stigmatisent les immigrés, en particulier les musulmans. Ils sont souvent plus ou moins explicitement antisémites, homophobes et hostiles aux minorités culturelles comme les Roms. Ces partis se revendiquent enfin comme les porte-parole du peuple face aux élites déconnectées de la réalité… De la France à la Finlande, de la Hongrie à l’Italie, de la Grèce aux Pays-Bas, ils prospèrent.

Plus largement, et pour dans les prochaines années, le scénario de l’arrivée au pouvoir d’un parti populiste dans un pays membre de l’Union européenne, qui bloquerait le fonctionnement de cette dernière, est aujourd’hui plausible.

La responsabilité de chaque électeur

Les électeurs qui ne veulent pas aller voter dimanche désespèrent de la politique et se détournent de la chose publique. Les électeurs qui vont voter pour ces partis populistes ne doivent pas être stigmatisés. Ils ne sont, pas dans leur majorité, racistes ou xénophobes. Ces votes sanction ou ces refus de vote expriment le dépit, le désespoir et la colère.

Mais cette colère ne doit pas nous faire oublier le sens de nos responsabilités. Nous, citoyens, en appelons à la responsabilité de chacun.

Si les taux d’abstention record et ces votes sanction peuvent s’expliquer par la misère et les désillusions de nos concitoyens, il faut le marteler sans cesse : le repli nationaliste est suicidaire !

Le chômage explosera certainement avec l’arrivée au pouvoir de forces populistes qui, fermeront leurs frontières économiques et feront fuir les capitaux étrangers. Les plus pauvres seront encore plus pauvres et plus nombreux avec la fermeture des frontières. Contrairement à ce que l’on veut nous faire croire, l’Europe, c’est l’union dans la diversité. Et la solution pour faire jeu égal avec les grandes puissances de ce monde.

C’est aussi l’Europe des libertés qui est menacée par le vote d’extrême-droite. Les Européens d’origine étrangère évidemment ont beaucoup à perdre. Mais aussi les femmes car les programmes de ces partis remettent en cause bon nombre des conquêtes des droits des femmes et sont culturellement hostiles à l’égalité des droits. Au final, ce sont toutes nos libertés, fruit de siècles de luttes politiques et sociales, qui en pâtiront.

Faire barrage aux populistes

Nous sommes tous responsables de nos choix et la démocratie appartient avant tout aux électeurs qui vont voter. S’abstenir ou voter pour les populistes, c’est ouvrir la voie à un avenir encore plus sombre pour nous tous et encore plus douloureux pour les plus faibles d’entre nous.

L’éclatement de l’Union européenne n’est plus un scénario catastrophe. Sans aller jusqu’à invoquer l’Histoire ou réveiller de vieux démons, la période actuelle ressemble aux années 30 : crise économique, crise politique, perte de confiance dans nos dirigeants, repli identitaire, stigmatisation des minorités…

Bref, tant pour préserver nos acquis sociaux, pour sauver la grandeur de l’Europe (hier encore première puissance économique mondiale), qu’au nom de la France et de l’Europe des droits de l’homme, nous, citoyens européens épris de liberté et de justice, devons nous réveiller.

Les électeurs qui ne veulent pas de ce choix-là doivent aller voter dimanche prochain !

Face à la progression inquiétante des populismes, les futurs eurodéputés devront peser de tout leur poids pour engager une réforme profonde de l’Union européenne qui réponde enfin à l’urgence sociale, relance l’économie européenne (l’Europe a notamment besoin d’une politique industrielle et écologique ambitieuse) et propose à nouveau un idéal, une promesse aux Européens. L’Union européenne doit être relancée sur des bases institutionnelles clarifiées, plus démocratiques, plus efficaces.

Enfin, les grands médias et notamment les dirigeants des grandes chaînes de télévision doivent eux aussi prendre leurs responsabilités. On l’a vu pour la première fois depuis les années 50 et les pères fondateurs de la Communauté européenne : grâce à de nouvelles figures qui veulent incarner l’Europe, les cinq candidats à la présidence de la Commission européenne ont débattu publiquement le 15 mai dans l’hémicycle du Parlement européen. Ce débat contribue à créer un espace public et politique européens qui transcende, pour la première fois, les enjeux nationaux.

Or l’Histoire retiendra que les grandes télévisions hertziennes françaises n’ont pas retransmis ce débat historique, laissant 150 sites Internet et chaînes thématiques le diffuser. Il est inadmissible que les grands médias français aient manqué ce « rendez-vous européen ». Qu’ils se rattrapent dans les cinq années qui viennent en expliquant l’Europe, en informant tout simplement les opinions publiques sur les réalités européennes.

Le Parlement européen est la seule institution de l’Union élue directement par les citoyens européens. Il peut jouer un rôle clé dans pour notre avenir. Mais encore faut-il que ce Parlement, qui sortira des urnes, soit un Parlement pro-européen véritablement Européen

Dimanche, prochain, le 25 mai, votons donc pour l’Europe !

Michel Taube, Edouard Pflimlin, Elie Levaï et Stéphane Mader

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