Vue du Sud de la Syrie depuis le plateau du Golan sous contrôle israélien, le 15 juillet 2009.

« Israël a frappé mercredi 19 mars 2014 des cibles syriennes sur le Golan et mis en garde le régime de Bachar Al-Assad après une attaque ayant blessé quatre de ses soldats dans cette région frontalière, laissant craindre une confrontation ouverte entre les deux pays », rapporte jeudi 20 mars l’Agence France Presse.

« Les raids aériens israéliens, qui ont fait un mort et sept blessés selon l’armée syrienne, marquent la plus grave escalade depuis 40 ans sur les hauteurs du Golan, un plateau dont une partie a été occupée par Israël après la guerre israélo-arabe de 1967 », souligne l’agence de presse.

Ils ont visé une infrastructure d’entraînement de l’armée syrienne, des QG militaires et des batteries d’artillerie, a indiqué un communiqué militaire, au lendemain d’une attaque à la bombe contre une patrouille de parachutistes israéliens dont quatre ont été blessés dans la partie occupée du Golan, près de la ligne de cessez-le-feu. Bien que les deux voisins soient officiellement en état de guerre, la ligne de cessez-le-feu était considérée jusqu’à présent comme calme depuis l’armistice de 1974 consécutif à la guerre de 1973.

UNE ZONE STRATEGIQUE

Mais cette partie de territoire aux confins d’Israël et de la Syrie est une zone qui a un intérêt stratégique majeur pour les deux ennemis.

Israël s’est emparé du plateau du Golan de la Syrie dans les phases finales de la guerre des six jours, en juin 1967, rappelle la BBC dans un dossier sur le Golan.

La plupart des habitants arabes syriens ont fui la région au cours du conflit. Actuellement on compte 20 000 colons israéliens et 20 000 Syriens, empêchés de sortir de ce territoire annexé. D’une superficie totale de 1 860 kilomètres carrés, ce qui représente environ 1 % de la superficie totale de la Syrie, environ 1 500 kilomètres carrés restent sous occupation israélienne.

Une ligne d’armistice a été établie et la région est passée sous contrôle militaire israélien. Presque immédiatement, Israël a commencé à s’installer dans le Golan. La Syrie a essayé de reprendre le plateau du Golan pendant la guerre israélo-arabe de 1973, plus connue sous le nom de « Guerre du Kippour ». Malgré de lourdes pertes infligées aux forces israéliennes, l’attaque surprise a été déjouée. Les deux pays ont signé un armistice en 1974 et une force d’observation des Nations Unies a été mise en place sur la ligne de cessez-le-feu depuis 1974. Israël a annexé unilatéralement le Golan en 1981.

Damas indique sur le site de son ministère des affaires étrangères que : « Le 14 décembre 1981, Israël a annexé le Golan syrien occupé, la communauté internationale a réagi à la résolution du Conseil de sécurité 497 (1981), qui a condamné à l’unanimité cette décision, »nulle et non avenue » que pas un seul pays n’a légitimé. »

Pourquoi un tel enjeu ? Les hauteurs du Golan sont d’une importance stratégique pour plusieurs raisons, selon le ministère des affaires étrangères israélien :

La présence israélienne dans le Golan fournit une frontière défendable contre l’invasion de la terre. « La topographie constitue une zone tampon naturelle contre toute poussée militaire de la Syrie », confirme la BBC.

Tout le nord d’Israël est à portée de tirs d’artillerie directs depuis le plateau du Golan. Le Sud de la Syrie et Damas, la capitale syrienne, située à environ 60 km au nord, sont clairement visibles depuis le sommet des hauteurs tandis que l’artillerie syrienne a bombardé régulièrement l’ensemble du nord d’Israël de 1948 à 1967 alors que la Syrie contrôlait ces mêmes hauteurs.

Enfin contrôler les hauteurs permet de contrôler les principales sources en eau de l’État d’Israël. « L’eau de pluie du Golan alimente le Jourdain. La région offre un tiers de l’approvisionnement en eau d’Israël », rappelle la BBC.

LES RISQUES D’ESCALADE

C’est donc une aire particulièrement sensible dans une région très instable. Damas ne peut se satisfaire du statu quo.

A l’instar de plusieurs analystes israéliens, le général Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires, considèrent que le régime syrien est impliqué dans l’attaque contre la patrouille israélienne. « L’attaque était professionnelle, il ne fait aucun doute que les Syriens étaient au courant, et peut-être même qu’ils l’ont menée pour le compte du Hezbollah », a-t-il déclaré.

Selon l’analyste militaire du quotidien Yediot Aharonot, « les Syriens et le Hezbollah veulent entraîner Israël dans une guerre d’usure à la frontière nord au moment et au rythme qu’ils imposent. Il y a un nombre croissant d’attaques dans la zone frontalière et nous devons nous y préparer », a dit le porte-parole militaire Peter Lerner. Israël a informé la force de l’ONU chargée de superviser le cessez-le-feu sur le Golan de la « gravité » de la situation.

Selon l’International New York Times (NYT), « une telle escalade pourrait entraîner une implication d’Israël dans le désordre régional actuel » (regional turmoil).

Israël a déclaré qu’il adoptait une politique de neutralité concernant la lutte de M. Assad contre les forces rebelles, mais en même temps, il a réalisé une « campagne secrète pour empêcher le transfert d’armes sophistiquées de la Syrie au Hezbollah, l’organisation chiite libanaise ».

Isaël et le Hezbollah ont été en guerre un mois en 2006, et le Hezbollah se bat en Syrie du côté du gouvernement de Bachar Al-Assad.

The Guardian partage l’analyse du NYT selon laquelle l’Etat juif pourrait être entraîné dans un conflit.

D’autant plus que, selon le quotidien israélien Yedioth Aharonot, le chef d’état major israélien, Benny Gantz, a menacé de nouvelles représailles en cas de nouvel incident. Quant au premier ministre Benyamin Nétanyahou il a déclaré mercredi : « Notre politique est très claire – nous ne blessons que ceux qui nous font du mal et contrecarrons au mieux de notre capacité le transfert d’armes par terre, air et mer ». Allusion aux équipements militaires destinés au Hezbollah qui combat les rebelles en Syrie au côté du régime.

« L’action préventive, a déclaré le premier ministre, a conduit à une diminution des attaques terroristes au cours des cinq dernières années, une diminution du lancement de fusées et des victimes israéliennes dans la dernière décennie. Mais, de temps à autre, les actions offensives sont nécessaires pour maintenir ce calme », a-t-il souligné.

La difficulté pour Israël est de savoir comment riposter sans provoquer un nouveau conflit avec le Hezbollah souligne donc le Christian Science Monitor.

« Nous n’avons pas l’intention de l’escalade de la situation avec le Hezbollah et ni d’aller dans une autre guerre en ce moment », a dit le général de brigade Sofrin (rés.). « Par conséquent, si Israël décide de réagir, ça va être quelque chose de très spécifique, très limitée ».

Mais cette riposte graduée et apparemment mesurée pourrait bien dégénérer en conflit plus large d’autant plus que, par ailleurs, le contexte régional est extrêmement tendu avec l’Iran, qui finance et alimente en armes la Syrie et le Hezbollah.

Selon le quotidien israélien Haaretz, le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et le ministre de la défense Moshe Yaalon ont ordonné (tout récemment) à l’armée de continuer à se préparer à une possible frappe militaire contre les installations nucléaires de l’Iran.

La frappe israélienne est aussi la première confrontation directe entre les deux armées israélienne et syrienne à travers la ligne de démarcation depuis des années, souligne le Washington Post.

« Répéter ces actes agressifs (de la part d’Israël) mettrait en péril la sécurité et la stabilité de la région et la rendrait vulnérable à toutes les options », a mis en garde Damas.

Mais le quotidien américain souligne que « ni la Syrie ni Israël n’ont un intérêt à une confrontation directe à travers la ligne de cessez-le-feu, qui est restée calme pendant quatre décennies, jusqu’à la révolte en Syrie en 2011. »

En attendant, depuis le début du soulèvement en Syrie il y a trois ans, Israël a investi plus de 57,3 millions de dollars dans une clôture de frontière très sophistiquée…