Le secrétaire à la Défense américain Chuck Hagel a proposé lundi 24 février 2014 des coupes dans les dépenses militaires qui incluent de nouvelles réductions dans la structure des troupes et des forces dans chaque service militaire dans l’année à venir. Cela s’inscrit dans le cadre d’un effort pour donner la priorité aux intérêts stratégiques des États-Unis face à la diminution des ressources (budgétaires), après plus d’une décennie de guerres, indique un communiqué du ministère de la défense américain (le Pentagone). Dans les deux prochaines années, le budget reculera de 75 milliards de dollars, souligne M. Hagel.

Parmi les grandes tendances à retenir :

Les priorités de la Force aérienne américaine (US Air Force) demeurent sa participation au programme JSF (Joint Strike Fighter, le chasseur F 35 furtif) – qui reste essentiellement inchangé – le ravitailleur en vol KC-46, et un nouveau bombardier stratégique. Un milliard de dollars sera affecté à une nouvelle technologie de moteur à réaction. Chuck Hagel veut en revanche retirer du service la flotte d’avions « tueurs de chars » A-10. Les avions-espion U-2, qui, eux, ont plus de 50 ans d’âge, doivent être remplacés par de drones de surveillance Global Hawk.

Côté marine, l’US Navy verra le nombre de navires de combat littoral (Littoral Combat Ship, LCS) gelé pour un achat de 32 navires, contre 52 LCS prévus auparavant, jusqu’à ce que la marine fournisse une étude évaluant s’il faut continuer avec les modèles existants, en modifiant les LCS actuels, ou en poursuivant une conception entièrement nouvelle de frégate. Chuck Hagel dit craindre que la protection et la puissance de feu de ces navires soient insuffisantes face à des marines modernes, « surtout en Asie-Pacifique ». Un point important alors que l’Asie-Pacifique est devenue la priorité stratégique des Etats-Unis.

Un total de 11 groupes de porte-avions sera maintenu si le Congrès américain permet d’abonder en 2016 un financement au-dessus des plafonds budgétaires. Sinon, le Pentagone pourrait relancer un plan de mise à la retraite de l’USS George Washington (CVN 73).

Enfin, l’armée de terre, l’US Army, apparaît comme la grande perdante des nouvelles orientations budgétaires. Elle passera de 520 000 soldats aujourd’hui à entre « 440 000 et 450 000 » hommes d’ici 2017, soit 13 % de moins, ce qui reflète la nouvelle posture américaine après la fin des guerres en Irak et en Afghanistan. Avec près de 450 000 hommes, il n’y aura jamais eu aussi peu de soldats américains d’active depuis l’Entre-deux-guerres. Ces chiffres étaient bien tombés à 479 000 en 1999 mais étaient remontés à 566 000 en 2010, en raison des besoins de troupes en Irak et en Afghanistan.

Elle doit également mettre fin à son programme de futur engin blindé appelé « Ground Combat Vehicle », censé remplacer à terme les Strykers. Les unités d’hélicoptères d’attaque Apache de la Garde nationale seront versées dans l’armée d’active. En retour la Garde nationale recevra des hélicoptères de transport Blackchawk. Au total, la flotte d’hélicoptères de l’US Army d’active sera réduite de 25 %, celle de la Garde nationale de 8 %.

Enfin, le ministère de la Défense demande au Congrès américain une nouvelle série de fermetures et des réalignements de bases en 2017.

M. Hagel a souligné que la plupart des recommandations contenues dans le budget ont été acceptées par les officiers supérieurs. Le général d’armée Martin E. Dempsey, président de l’état-major des armées, a déclaré que le plan de dépenses « reflète en termes réels comment nous réduisons nos coûts en assurant un juste équilibre des forces ».

Il est permis toutefois de s’interroger sur la capacité de toutes les forces armées américaines à remplir toutes leurs missions. « Nous n’allons plus dimensionner nos effectifs pour des opérations de stabilisation, une armée de cette taille est trop grande par rapport aux besoins de notre stratégie de défense », a justifié Chuck Hagel, le chef du Pentagone. Ces réductions permettront « d’assurer que l’armée de Terre reste bien entraînée et clairement supérieure en termes d’armes et d’équipements », a-t-il plaidé, tout en reconnaissant qu’elles présentaient une part de « risque ». L’exigence de l’emporter dans deux conflits majeurs en même temps est ainsi enterrée. Il s’agit dorénavant de « vaincre de façon décisive » sur un théâtre d’opérations et de fournir suffisamment de troupes pour tenir face à un autre ennemi, selon Chuck Hagel.

Après avoir doublé depuis 2001, le budget du Pentagone est confronté à une baisse durable. Il reste cependant de loin le plus élevé au monde. Un accord voté en décembre par démocrates et républicains du Congrès prévoit un maximum de 496 milliards de dollars pour la Défense en 2015.

La mise en œuvre de ces décisions dépendra beaucoup de l’aval du Congrès. « Les changements dans la composition des effectifs et des infrastructures, ainsi que les réformes institutionnelles, peuvent être impopulaires », a reconnu un haut responsable militaire sous couvert d’anonymat, cité lundi par l’Agence France Presse. « Nous allons avoir besoin de l’aide des élus ». Le budget sera officiellement dévoilé le 4 mars. Point positif souligné par Chuck Hagel : « C’est la première fois en 13 ans, nous allons présenter un budget au Congrès qui n’est pas un budget de guerre. »