Alors que la ville japonaise de Yokohama a annoncé par erreur un tir de missile de la Corée du Nord mardi sur Twitter, les Etats-Unis et la Corée du sud ont établi une stratégie de représailles proportionnées aux actions du régime de Pyongyang afin de prévenir une escalade.

La tension ne cesse de monter dans la péninsule coréenne. La Corée du Nord a de nouveau agité mardi le spectre d’une guerre « thermo-nucléaire » et appelé les étrangers en Corée du Sud à envisager leur départ du pays. Séoul et Washington ont relevé mercredi leur niveau d’alerte face à la « menace vitale » de la Corée du Nord. Furieux des sanctions adoptées par l’ONU après l’essai nucléaire du 12 février 2013 – après ceux de 2006 et 2009 – et des manœuvres militaires conjointes entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, le régime marxiste a multiplié ces dernières semaines les déclarations belliqueuses.

La Corée du Nord ferait une grosse erreur en entrant en guerre avec ses ennemis. [Crédit Reuters]
La Corée du Nord ferait une grosse erreur en entrant en guerre avec ses ennemis. [Crédit Reuters]

Il a dénoncé l’armistice de 1953 qui a mis fin à la guerre de Corée. Par ailleurs, le 2 avril 2013, le royaume ermite a annoncé qu’il allait relancer son complexe nucléaire de Yongbyon, fermé depuis 2007, afin de renforcer son arsenal nucléaire. Et il menace de lancer ses missiles, dont il possède un arsenal conséquent. Enfin, l’armée nord-coréenne est – « sur le papier » – la quatrième du monde avec 1,19 million de soldats face aux 655 000 des forces sud-coréennes, selon The Military Balance 2013.

Cependant cette armée est largement équipé de matériels obsolètes. Elle ne ferait pas le poids face aux matériels très modernes qui équipent sa rivale du Sud, d’autant plus que Séoul n’est pas seul face à Pyongyang. L’armée américaine déploie 28 500 militaires en Corée du Sud.

S’agissant de l’arsenal de missiles, l’IISS estime que « l’utilité militaire de l’arsenal de missiles équipés d’armes conventionnelles serait très limité, en raison de la très faible précision de ces engins ». S’agissant de l’arme nucléaire, dont Pyongyang possède au plus une dizaine, les experts ne savent pas exactement si le régime marxiste a réussi à les miniaturiser, ce qui est indispensable pour qu’elles puissent être emportées par un missile.

Le risque est en tout cas pris au sérieux comme le rapporte mardi le Japan Times qui estime qu’un ou des tirs de missiles sur Tokyo pourraient avoir des effets dévastateurs en raison de la densité de la population. Le gouvernement japonais a déployé des missiles antimissile Patriot dans la capitale et ordonné de détruire tout missile qui menacerait son territoire. Quant aux Etats-Unis, ils ont indiqué qu’ils détruiraient le missiles lancés si leur trajectoire était menaçante pour eux ou leurs alliés.

Au regard du déséquilibre qualitatif des forces en défaveur de la Corée du Nord une guerre générale semble néanmoins improbable, selon la majorité des experts, car elle conduirait à l’écroulement des forces nord-coréennes et du régime. Mais le leader nord-coréen, Kim Jong-un, semble beaucoup moins rationnel que son père Kim Jong-il mort en 2011. Il a besoin d‘asseoir son autorité, notamment auprès de l’armée, ce qui expliquerait la surenchère verbale actuelle. Son inexpérience pourrait le conduire à des erreurs d’appréciation… Côté américain, le président Obama agit prudemment en évitant tout geste qui pourrait être interprété comme une provocation. Ainsi il a reporté samedi dernier l’essai prévu d’un missile balistique Minuteman 3. Les Etats-Unis privilégient les sanctions internationales et l’isolement du pays pour le faire évoluer. Mais la difficulté est que Kim Jong-un est allé très loin dans sa rhétorique agressive et qu’il sera compliqué pour lui de sortir de cette crise sans « perdre la face ». Or il n’a rien obtenu jusqu’à présent en échange de ses provocations. Et son allié chinois critique Pyongyang et appelle les parties à la modération. La Chine est le principal allié et partenaire économique du régime. Aller trop loin pourrait aggraver l’état de son économie, déjà moribonde.

Une provocation plus limitée est donc beaucoup plus probable. Elle a déjà eu lieu dans le passé comme le montrent le torpillage de la corvette sud-coréenne Cheonan, en mars 2010, faisant 46 morts, et le bombardement de l’île sud-coréenne de Yeongpyeong, située sur la ligne de démarcation contestée entre les deux pays, en novembre 2010. Depuis la Corée du Sud a modifié ses procédures pour que l’armée sud-coréenne puisse répondre dans un délai plus court aux provocations. Même localisé, un conflit ne se traduirait probablement pas par un succès limité sur son adversaire du Sud. L’image de la Corée du Nord, de son régime et de son leader, en serait encore atteinte.

Un ou des tirs de missiles semblent donc le plus « raisonnable » pour Pyongyang car finalement le moins risqués. Un tir pourrait survenir autour du 15 avril, date-anniversaire de la naissance du fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-Sung. L’agence sud-coréenne Yonhap, citant une source gouvernementale, avance l’idée que le régime nord-coréen pourrait aussi s’aventurer à tirer des missiles Scud ou des Nodong (d’une portée d’un peu plus de 1 000 kilomètres). Mais on l’a vu les Etats-Unis et le Japon sont prêts face à toute menace. Pyongyang doit donc être prudent. Même réussis, ces tirs ne feront pas sortir la Corée du Nord de l’impasse dans laquelle elle s’est mise. Elle est condamnée à évoluer hors de la voie du tout militaire et de la stratégie de la provocation. C’est en tout cas ce que l’on peut espérer…

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