Ancien international d’athlétisme et acteur de la société civile française, Gilles Le Bail, auteur du court essai L’Europe : défaite ou défi, s’attache à dégager les moyens pour relancer une construction européenne jugée en panne. Les dirigeants européens ont eu la volonté « depuis plusieurs décennies d’avancer vers une intégration dans un ensemble supranational », mais le non français à la constitution européenne en 2005 a été un « coup d’arrêt à cette dynamique historique ».

Avec la crise, à partir de 2008, c’est la montée des nationalismes qui rejettent une Europe ouverte, qui conduisent au repli sur soi et qui provoquent une remise en question du bien-fondé de la construction européenne. Dès lors, il juge que le moment est venu de redonner du sens à l’Union européenne (UE). Un grand débat public sur ses valeurs est indispensable, car cette construction a trop mis l’accent sur sa dimension économique. La réflexion doit porter sur la citoyenneté européenne car les institutions bruxelloises manquent de légitimité et sont « déconnectées » des populations.

Face à cela, l’auteur esquisse des pistes, comme la participation des acteurs de la société civile à la vie démocratique. « Un profond changement de culture politique de la part des institutions communautaires, et au-delà des Etats-nations, est nécessaire pour encourager la constitution de corps intermédiaires européens leur permettant d’être plus systématiquement consultés, propose-t-il. La reconnaissance d’un statut d’association européenne serait une étape importante pour que les divers réseaux associatifs affirment leur rôle dans la constitution d’un réel espace public. »

Mais l’éducation, notamment aux langues, est aussi un élément essentiel pour favoriser les échanges et construire des repères communs. Un discours positif et fédérateur sur l’UE renforcera aussi le sentiment d’appartenance à un espace commun.

Dans le dernier chapitre (« Pour un nouveau rêve européen »), l’auteur évoque ce que pourrait être ce projet : établir un pouvoir de type fédéral sous la forme d’une fédération d’Etats-nations. Quelques réformes sont jugées nécessaires, comme la création d’un impôt européen se substituant à l’impôt national, mais aussi l’évolution des institutions en transformant, par exemple, le Conseil européen en une chambre représentant les Etats et ayant les mêmes pouvoirs que le Parlement européen, dont le rôle serait renforcé. L’année 2014, celle des élections européennes, pourrait être l’occasion de débattre de cette nouvelle Europe politique qu’il appelle de ses voeux.

Si le constat qu’il dresse de la crise des sociétés européennes et de la légitimité de Bruxelles est connu, l’auteur a le mérite de rappeler que la crise est autant morale qu’économique. Les pistes qu’il évoque ont l’intérêt de se concentrer sur les champs social et culturel. Il est dommage qu’il n’ait pas plus développé sa pensée sur le plan institutionnel, ainsi que sur les moyens pour mieux communiquer sur le projet européen. Cela pourrait être l’objet d’un nouvel ouvrage.

L’Europe : défaite ou défi

Gilles Le Bail

Fortuna Editions, 122 p., 13,80 €