Jean-Marie Collin à Brest. DR

Dans un discours prononcé vendredi 7 février 2020 à l’Ecole de Guerre, le président de la République, Emmanuel Macron, a proposé à ses partenaires européens de s’associer aux «exercices des forces françaises de dissuasion» et a appelé au désarmement. Jean-Marie Collin, porte-parole de l’Ican, est sceptique sur ces annonces.

“Ce long discours fait la part belle aux armes nucléaires. Cela était malheureusement attendu, et je suis assez surpris de voir des commentaires positifs sur l’appel au désarmement lancé par le Président. Les mesures qu’il propose sont en réalité sur la table depuis plus de 20 ans par la France (comme d’autres Etats). Cela laisse donc perplexe sur la méthode employée pour les mettre en oeuvre tel que par exemple la promotion du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires qui est essentiel. D’autre part, aucune des mesures annoncées ne viennent créer une contrainte sur la dissuasion française.

Le point positif du discours du président est la clarification du statut des forces nucléaires vis-à-vis de l’Europe. En indiquant « Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne » il clôt un ensemble de discours et de Livre Blanc qui laissaient entendre ce principe,  mais sans jamais l’affirmer de façon précise.

Désormais, il reste à savoir si les européens vont accepter ou non d’être protégées par des armes nucléaires françaises. Je crois que personne n’a encore posé la question aux allemands, autrichiens ou encore aux suédois pour ne prendre que ces trois États…

Il faut savoir que selon le traité de Lisbonne, qui comporte une clauses de défense mutuelle (article 42.7) il est mentionné que « au cas où un État membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir, conformément à l’article 51 de la charte des Nations unies. Cela n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres ». Cette dernière phrase laisse donc le choix à un État de se voir être défendu par « les armes » et la politique de défense qu’il souhaite…

D’autre part, il faut relever que le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), qui devrait entrer en vigueur en 2020, avec comme Etats parties européens l’Autriche et prochainement l’Irlande (la Suède s’interrogeant également) interdit (article 1) de participer à une politique de la menace d’emploi de l’arme nucléaire ; autrement dit une politique de dissuasion nucléaire. Il est donc clair que pour l’Autriche comme pour l’Irlande, il y aura un refus devant cette proposition. Comment cette dissuasion “a trou” va t-elle s’exercer ? Cette ouverture européenne est aussi pour la France une tentative de s’opposer à l’arrivée du Traité d’interdiction des armes nucléaires.

Autre point, il est étonnant pour un président, dont tout au long du discours il mentionne l’importance et la nécessité de conserver les règles internationales notamment celles liées au régime de non prolifération nucléaires, de voir qu’il ouvre une brèche importante dans le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). En effet en proposant que se développe « un dialogue stratégique » avec les « partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective » ainsi qu’en proposant d’associer « aux exercices des forces françaises de dissuasion » les partenaires européens qui le souhaitent, il va à l’encontre de l’esprit du TNP, du principe de « bonne foi » inscrit dans l’article 6 de ce traité, ainsi que celui de mettre un « terme à la course aux armements ». Une telle proposition ne devrait en effet pas laisser la Russie sans réaction…

Cette démarche est donc dangereuse. Cela va encore un peu plus fragiliser le TNP, alors même, que celui-ci est déjà en perte de crédibilité à cause des puissances nucléaires (les Etats-Unis, la Russie, la France, le Royaume-Uni, la Chine) qui ne respectent pas leurs obligations de désarmement et qui ont lancé des actions de modernisation des arsenaux nucléaires.”

Jean-Marie Collin,

Porte-parole ICAN France

Site de l’ICAN FRANCE.

 

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Les 14 et 15 février 2020, la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) et ICAN France invitent militants, étudiants et toute autre personne voulant changer le monde à se réunir à Paris pour s’informer et échanger à propos de comment construire un mouvement, faire changer les politiques et devenir militant.