Parade militaire à Pékin, en honneur de la Seconde guerre mondiale, le 3 septembre 2015. Source : www.kremlin.ru.
Parade militaire à Pékin, en honneur de la Seconde guerre mondiale, le 3 septembre 2015. Source : www.kremlin.ru.

Les dépenses militaires mondiales s’élèvent à près de 1 700 milliards de dollars en 2015, soit une hausse de 1 % en termes réels par rapport à 2014, selon les nouvelles données du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI). C’est une première augmentation des dépenses militaires depuis 2011. Cette augmentation reflète une hausse continue en Asie et en Océanie, en Europe centrale et en Europe de l’Est, et dans certains États du Moyen-Orient. La baisse des dépenses en Occident est, quant à elle, stabilisée. Parallèlement, les dépenses ont diminué en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ainsi, l’état des dépenses militaires mondiales est mitigé. Les États-Unis demeurent de loin les plus grands dépensiers au monde en 2015, bien que ses dépenses aient diminué de 2,4 % à 596 milliards de dollars. Parmi les autres plus grands dépensiers, la Chine a augmenté ses dépenses de 7,4 % à 215 milliards de dollars ; l’Arabie saoudite de 5,7 % à 87,2 milliards de dollars — ce qui en fait le troisième plus grand dépensier au monde — et la Russie de 7,5 % à 66,4 milliards de dollars.

Une combinaison entre les cours élevés du pétrole et l’exploitation de nouveaux gisements a entraîné une forte augmentation des dépenses militaires dans plusieurs pays du monde au cours de la dernière décennie. Cependant, la chute des cours du pétrole amorcée en 2014 a commencé à inverser cette tendance dans les pays dépendants des revenus du pétrole. D’autres réductions des dépenses sont attendues pour 2016. En 2015, les réductions les plus spectaculaires des dépenses dépendantes des revenus du pétrole concernent le Venezuela (-64 %) et l’Angola (-42 %). Des baisses ont également été enregistrées, notamment à Bahreïn, Brunei, Tchad, Équateur, Kazakhstan, Oman et Soudan du Sud. Malgré la baisse des revenus pétroliers, plusieurs autres pays exportateurs de pétrole ont continué d’augmenter leurs dépenses militaires en 2015. Plusieurs de ces pays — tels que l’Algérie, l’Azerbaïdjan, la Russie, l’Arabie saoudite et le Vietnam — sont engagés dans un conflit ou sont confrontés à l’intensification des tensions régionales.

Poursuite de la hausse des dépenses en Asie

Les dépenses militaires en Asie et en Océanie ont augmenté de 5,4 % en 2015 à 436 milliards de dollars et ont été fortement influencées par la Chine (215 milliards de dollars et 49 % des dépenses de la région !). L’escalade des tensions entre la Chine et divers pays de la région a entraîné une augmentation substantielle des dépenses de l’Indonésie (+1 6 %), des Philippines (+ 26 %) et du Vietnam (+ 7,6 %), et déclenché un début de renversement de la tendance à la baisse à long terme des dépenses militaires du Japon à 40,9 milliards de dollars. L’Inde (51,3 milliards de dollars) et la Corée du Sud (36,4 milliards de dollars) sont d’importants dépensiers, en hausse de respectivement 43 % et 37 % sur la période 2006-2015, alors que les dépenses mondiales n’augmentaient que de 19 %sur ces années.

Fin de la baisse des dépenses en Europe ?

Les dépenses militaires en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et en Europe centrale ont diminué depuis 2009, en grande partie en raison de la crise économique mondiale ainsi que du retrait des États-Unis et des troupes alliées d’Afghanistan et d’Irak. Cependant, en 2015, il semblerait que cette baisse touche à sa fin. Les dépenses militaires des États-Unis ont diminué de 2,4 % en 2015, soit une diminution la plus lente depuis quelques années. Ceci est le résultat de mesures adoptées par le Congrès américain pour épargner partiellement les dépenses militaires des mesures de réduction du déficit budgétaire préalablement convenues. En termes réels, les dépenses militaires des États-Unis devraient se maintenir sensiblement au même niveau en 2016. L’ensemble des dépenses en Europe de l’Ouest et en Europe centrale est en baisse de seulement 0,2 % en 2015 à 253 milliards de dollars (6 8,5 % par rapport à 2006). Cependant, rien qu’en Europe centrale, les dépenses sont en hausse de 13 %. Des augmentations particulièrement importantes ont eu lieu dans les pays limitrophes de la Russie — à savoir l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie — préoccupés par les intentions de la Russie suite à la crise en Ukraine. En revanche, les dépenses en Europe de l’Ouest sont en baisse de 1,3 %, mais elles représentent une diminution annuelle la plus faible depuis la dernière baisse des dépenses amorcée en 2010. Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont annoncé des plans pour une augmentation modeste des dépenses dans les prochaines années, suscitée par les préoccupations liées à la Russie et à la menace que constitue l’État islamique.

Exercice Iron Hawk en Arabie saoudite, le 13 avril 2014. Source : Sgt. Harley Jelis, US National Guard.
Exercice Iron Hawk en Arabie saoudite, le 13 avril 2014. Source : Sgt. Harley Jelis, US National Guard.

Diminution en Amérique latine et Afrique

Les dépenses militaires en Amérique latine et dans les Caraïbes ont diminué de 2,9 % à 67 milliards de dollars, en grande partie du fait de l’énorme baisse des dépenses du Venezuela. Les dépenses militaires du Brésil ont également légèrement diminué en raison de la crise économique. Les dépenses ont continué d’augmenter en Amérique centrale en raison de la militarisation croissante de la guerre anti-drogue.

Les dépenses militaires en Afrique ont diminué de 5,3 % à 37 milliards de dollars, après 11 ans de hausse constante des dépenses. Cela est principalement dû à la forte réduction par l’Angola, le plus grand dépensier en Afrique subsaharienne, suite à la forte chute des cours du pétrole.

Moyen-Orient : le poids de l’Arabie, le bond de l’Irak

Le SIPRI ne publie pas une estimation pour le Moyen-Orient pour 2015 parce que les données pour 2015 sont indisponibles pour plusieurs pays. L’Arabie saoudite est de loin le plus grand dépensier sur le plan militaire dans la région, avec environ 87,2 milliards de dollars en 2015. Ses dépenses ont doublé entre 2006 et 2015. Mais la plus forte augmentation dans la région, et le monde entier, entre 2006 et 2015, a été l’Irak. Il a reconstruit ses forces armées à la suite de l’invasion américaine de 2003 et le retrait ultérieur des forces de la coalition et doit maintenant lutter contre l’Etat islamique. Les dépenses militaires de l’Iran ont, elles, diminué de 30 % entre 2006 et 2015, avec des dépenses en 2015 à 10,3 milliards de dollars.