Une bombe atomique chinoise présentée, août 2007. Source : Megapixie - Max Smith
Une bombe atomique chinoise présentée dans un musée, août 2007. Source : Megapixie – Max Smith

 

Le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri) a publié lundi 15 juin les conclusions du SIPRI Yearbook 2015, qui évalue l’état actuel des armements, du désarmement et de la sécurité internationale. Les principales tendances sont notamment que tous les États dotés d’armes nucléaires travaillent à développer d’autres systèmes d’armes nucléaires, même si les arsenaux diminuent globalement.

Début 2015, neuf États — États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël et la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) — détiennent environ 15 850 armes nucléaires, dont 4 300 ont été déployées avec des forces opérationnelles. Près de 1 800 de ces armes ont été maintenues en état d’alerte opérationnelle élevée. Le nombre total d’ogives nucléaires dans le monde est en baisse, en raison des États-Unis et de la Russie qui continuent de réduire leurs arsenaux, bien qu’à un rythme plus lent qu’il y a une décennie. En comparaison, le nombre d’ogives était en 2010 de 22.600, dont 7 650 opérationnelles, selon les chiffres annuels du Sipri.

Dans le même temps, ces deux États mènent actuellement des programmes importants et coûteux à long terme de modernisation des systèmes des vecteurs d’armes nucléaires restants, des ogives et de la production. Les arsenaux nucléaires des autres États dotés sont beaucoup plus petits, mais tous développent ou déploient de nouveaux systèmes d’armes nucléaires, ou déclarent leur intention de le faire.

Vitaly Fedchenko, expert au Sipri, a répondu à nos questions.

 

Y a-t-il des changements et des nouvelles tendances depuis l’an dernier dans le domaine des programmes nucléaires militaires ?

Comme l’an dernier il y a une tendance à la baisse des arsenaux nucléaires de la planète, alors que parallèlement l’autre tendance est à la modernisation de ceux-ci. Mais cette tendance à la diminution des arsenaux n’est pas valable pour tous les pays qui possèdent l’arme atomique, notamment pour la Chine communiste qui a fait passer son arsenal de 250 têtes nucléaires en 2014 à 260 têtes nucléaires en 2015.

Quel but poursuit Pékin en modernisant l’arsenal nucléaire de la Chine communiste ?

Il y a une légère hausse de l’arsenal nucléaire militaire chinois. Cela ne signifie pas que Pékin veuille accroître massivement son arsenal. Pékin poursuit une politique de long terme pour développer ses forces nucléaires selon le principe de la dissuasion minimale. Mais la Chine ne produit plus de matériaux fissiles depuis des décennies, comme d’ailleurs beaucoup d’autres pays qui ont arrêté de produire du plutonium pour faire de nouvelles armes.

Toutefois, la Chine modernise ses forces en remplaçant notamment ses anciens missiles par de nouveaux missiles plus performants à têtes multiples dits « mirvés » (le mirvage, de l’anglais MIRV (Multiple Independently targeted Reentry Vehicle), est une technique dans le domaine de l’armement militaire qui permet d’équiper un missile de plusieurs têtes (nucléaires ou conventionnelles) qui suivent chacune leur trajectoire lors de leur entrée dans l’atmosphère, rendant leur destruction plus difficile). Elle procède donc plutôt à un ajustement de ses forces nucléaires pour renforcer sa capacité de dissuasion qu’à un réel accroissement.

D’autres pays développent-ils leurs arsenaux ?

L’Inde et le Pakistan, qui ont effectué des tests atomiques en 1998, produisent des matériaux fissiles supplémentaires pour des armes nucléaires et donc développent leurs arsenaux. Ils possèdent respectivement de 90 à 110 têtes nucléaires pour l’Inde et de 100 à 120 pour le Pakistan. Il en est de même pour la Corée du Nord qui posséderait de 6 à 8 bombes atomiques.

La Russie et les Etats-Unis poursuivent-ils des buts différents quand ils modernisent leurs arsenaux nucléaires ?

L’idée est plutôt d’assurer le maintien du principe du « MAD » (« Mutual Assured Destruction ») ou « destruction mutuelle assurée » en assurant la dissuasion de l’adversaire (par l’équilibre de la terreur, la menace d’une destruction complète de l’adversaire en cas d’attaque nucléaire par celui-ci le dissuade de procéder à cette attaque. Les deux camps seraient donc détruits en cas de guerre atomique).

La Corée du Nord semble améliorer « sa capacité militaire nucléaire » affirme le SIPRI mais Pyongyang est-il en mesure de miniaturiser ses armes nucléaires pour qu’elles puissent être embarquées sur des missiles balistiques ? Y a-t-il une menace nucléaire crédible nord-coréenne contre ses voisins et les Etats-Unis comme ces derniers le mettent parfois en avant ?

L’incertitude demeure sur la capacité de Pyongyang à miniaturiser ses armes atomiques.

Certes les missiles testés par la Corée du Nord ne sont pas toujours efficaces mais Pyongyang développe deux programmes en parallèle : un programme de missiles balistiques et un programme nucléaire ayant déjà testé trois fois la bombe atomique (en 2006, 2009 et 2013). Cela représente une menace même si l’on peut discuter de son ampleur.

Concernant l’Iran, pensez-vous qu’il y a encore une menace nucléaire iranienne malgré les efforts de la communauté internationale pour la stopper ?

Certes le processus de vérifications du programme nucléaire militaire iranien existe, et il y en a eu de nombreuses, mais ces vérifications peuvent être contournées. Cela n’écarte pas le risque du développement d’un programme militaire secret

Propos recueillis par Edouard Pflimlin

 

Lire cet article sur le site du Monde.fr