Un AMX-56 Nexter (Char Leclerc) en mouvement rapide, le 17 juin 2006. Source : OpenPhoto.net - Auteur : Daniel Steger (Lausanne,Switzerland).
Un AMX-56 Nexter (Char Leclerc) en mouvement rapide, le 17 juin 2006. Source : OpenPhoto.net – Auteur : Daniel Steger (Lausanne,Switzerland).

C’est une bonne nouvelle pour l’Europe de la défense ! Les députés ont voté lundi soir dans le cadre du projet de loi Macron la privatisation de Nexter (Giat) qui va permettre de lancer le rapprochement entre le constructeur de blindés français et son homologue allemand Krauss-Maffei Wegmann (KMW). L’article Article 47 de la loi porte sur : l »Autorisation de la privatisation de la société Groupement industriel des armements terrestres (Giat) et de ses filiales. » Dans le cadre de cette loi « pour pouvoir investir sur ses priorités et se désendetter, l’État se donne les moyens de conduire une gestion active de son portefeuille, pour soutenir les secteurs stratégiques de l’économie. » Or ce secteur de l’armement terrestre est crucial en France et en Europe.

La fusion entre les constructeurs des chars Leclerc et Leopard, annoncée le 1er juillet, nécessitait une adaptation législative, Nexter étant une entreprise publique et son rapprochement avec KMW constituant une privatisation de fait.
L’Etat français, actionnaire à 100% de Nexter via Giat Industries, verra sa participation tomber à 50 % dans la future entité fusionnée dénommée Kant. Il se trouvera ainsi à parité au capital avec famille Bode-Wegman, propriétaire de
KMW. Avec 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 6 000 salariés, le nouveau groupe sera le premier acteur d’armement terrestre européen et le troisième mondial. La nouvelle n’est pas passée inaperçue ! On le sait l’Europe des blindés est très « divisée » et des dizaines de matériels sont en circulation, ce qui ne favorise pas la rationalité et les économies d’échelle.  C’est un facteur de division et de repli sur les prés carrés nationaux.

Comme le souligne une note récente de la Fondation Schuman intitulée « L’avenir de la défense de l’Union européenne – une feuille de route stratégique : ‘Europe 2020′ » : « il n’est plus possible que la France continue à perdre de l’argent en n’achetant que des blindés français, ou que l’Allemagne n’achète que du matériel allemand » !

« Ce rapprochement permet d’avancer vers l’Europe de la défense et l’Europe industrielle », a dit la présidente de la commission Défense de l’Assemblée Patricia Adam (PS). « Nous avons besoin d’industriels de taille critique pour l’export et la recherche et développement », a renchéri l’ancien ministre de la Défense Hervé Morin (UDI).

QUELS PROJETS ?

Si elle aboutit, cette fusion est porteuse de nombreux espoirs.

Comme le soulignent Les Echos, pour Nexter et Krauss-Maffei Wegmann (KMW), engagés dans un rapprochement historique, les projets de développements communs des deux champions de l’armement terrestre passent d’abord par les chars lourds. C’est ce qui ressort d’une audition commune de leurs PDG respectifs, Philippe Burtin et Frank Haun, devant la commission de la défense de l’assemblée nationale et dont le compte rendu vient d’être mis en ligne.

« Le plus important, c’est la prochaine génération de chars lourds. Dans cinq ans, nous aurons avancé dans le processus de développement d’un nouveau char lourd – qu’il s’appelle Léopard 3, Leléo ou Léoclerc, peu importe : il sera développé en commun, et pourra commencer à équiper nos forces à l’horizon 2025-2030 pour remplacer les chars Leclerc et Léopard 2 dont la base technologique commence à dater », a déclaré Frank Haun. Avant de faire un parallèle avec ce qui se passe à Moscou : « Renouveler ces matériels est indispensable : d’ailleurs, les Russes ne s’y trompent pas, et leurs travaux de développement en la matière avancent à plein régime. »
Les Américains ont du soucis à se faire, soulignent Les Echos.

Les deux industriels ont d’autres projets de collaboration, toujours selon Frank Haun, qui évoque « trois secteurs particulièrement prometteurs » : l’artillerie entièrement automatisée, les munitions intelligentes et les armements lasers. « Autant de domaines dans lesquels les Américains ont du souci à se faire ! », a-t-il prévenu. Là encore on verra… observent Les Echos.