Un J-10 au salon de Zhuhai. [Retxham]
Un J-10 au salon de Zhuhai. [Retxham]

L’analyse de l’imagerie satellitaire par la société d’études de défense IHS Jane’s a confirmé, tout récemment, que la Chine construit une base militaire sur des îles situées à 300 kilomètres des îles Senkaku / Diaoyu, en Mer de Chine orientale, qui font l’objet d’un différend territorial entre Tokyo et Pékin.

Ces îles Senkaku, sous administration japonaise, sont régulièrement « visitées » par des navires des gardes-côtes chinois ainsi que par des avions chinois qui pénètrent dans l’espace maritime et aérien japonais. Toutefois, il n’y a encore jamais eu de débarquement de soldats chinois sur ces îlots éparses et minuscules, ce qui serait un casus belli immédiat, ni de graves incidents comme la collision de navires des deux pays entraînant blessés ou morts.

Héliport militaire

L’imagerie, capturée le 13 octobre 2014 par le satellite Pléiades d’Airbus Défense et Espace, montre un héliport avec 10 aires d’atterrissage dans le centre de l’île de Nanji, appartenant à un groupe d’îles qui font partie de la province chinoise du Zhejiang.

La construction à Nanji a été signalée le 22 décembre 2014 par l’agence japonaise Kyodo News, qui citait des sources chinoises non identifiées. La base installée sur les îles Nanji est conçue pour améliorer l’état de préparation de la Chine pour répondre à une crise militaire potentielle et renforcer la surveillance sur la zone d’identification de défense aérienne déclarée en novembre 2013.

Les îles sont situées environ 100 kilomètres plus près des Diaoyu que l’île japonaise d’Okinawa (archipel des Ryu-kyu), qui accueille environ les trois quarts des bases américaines au Japon.

[CNES 2014, Distribution Airbus DS/IHS]
CNES 2014, Distribution Airbus DS/IHS.

Cependant, contrairement à l’affirmation de Kyodo News, observe The Diplomat, l’analyse ne montre aucun signe d’une piste d’aviation en cours de construction, seulement des sites de radar et de communication. Jane’s souligne que, sans un aérodrome sur place, le plus proche serait situé sur une base à Luqiao à 380 kilomètres des îles Senkaku, qui est la base du 12e régiment de la 4e Division de la Force aérienne marine de la flotte de la mer de Chine orientale de l’Armée populaire de libération (APL, armée chinoise), qui déploie des avions de combat Chengdu J-10A.

Le J-10 est le premier avion de combat multi-rôle chinois qui se rapproche des avions de combats occidentaux en termes de performances et de capacités. Il est connu comme « Meng long » ou « dragon vigoureux » en Chine et sous le vocable « Firebird » en Occident. C’est un avion de quatrième génération comme le sont les F15J et F2 japonais… ou le Rafale français (4+). Les F-35, en cours d’acquisition, par le Japon sont, eux, de cinquième génération.

Ces travaux de construction sur les Nanji sont donc pour le moins inquiétants, même si Pékin n’y voit qu’un développement normal et naturel de ses forces militaires. Et d’ailleurs, Pékin est souverain sur ses territoires. Mais en tout cas, ils ne vont pas faciliter le règlement de la question des Senkaky/Diaoyu et ne peuvent qu’accroître les tensions entre les deux pays. Comme plus au sud, Pékin consolide sa présence militaire en Mer de Chine.

Réaction japonaise

Aussi, Tokyo n’est pas resté sans réponse face à ce qu’il estime être une menace sur ses intérêts et ses possessions territoriales. Le Japon met de côté des fonds pour acheter des terres pour déployer une unité de radar de surveillance côtière sur l’île de Yonaguni, à seulement 150 km des îles Senkaku / Diaoyu, et il forme une petite force amphibie sur le modèle de l’US Marine Corps, qui sera basée à Nagasaki. Il achète des avions à rotors tournants V-22 Osprey et des véhicules de débarquement amphibies. Sa doctrine de défense et ses forces sont progressivement redéployées vers le sud et l’ouest de l’Archipel nippon.

La mer de Chine est donc bel et bien de plus en plus militarisée.