Le 20 mai 2013, le ministre de la défense français, Jean-Yves Le Drian, lançait publiquement au Parlement européen un appel aux Européens à réagir face à l’absence de drones français et européens MALE (Moyenne altitude, longue endurance) (1) et HALE (Haute altitude, longue endurance) (2), comme le rapportait le blog spécialisé sur les questions de défense européenne Bruxelles 2.

« Il n’existe pas de drones français (et européens) sur le marché capables de voler longtemps et haut (HALE ou MALE comme haute altitude ou moyenne altitude). « Alors que l’Europe a des capacités avioniques importantes, pourquoi faut-il aller acheter des drones aux Américains et en Israël ? Comment se fait-il qu’on n’a pas été capable de faire (un drone) alors qu’il y a des industriels capables de faire ? » L’achat français de deux drones sur étagère se trouve ainsi justifié, selon lui. Il faut trouver une réponse « immédiate » à un « vide sécuritaire » en achetant soit aux Etats-Unis « avec qui les discussions avancent plutôt bien », soit aussi « peut-être Israël ». Mais cela « ne doit pas empêcher qu’on ait une discussion (entre européens) pour concevoir un drone à l’horizon 2020 ». Et de lancer un appel. « Il faut que les pays qui ont besoin de capacités se déclarent et que les industriels puissent mettre en œuvre un processus technologique européen ? »« .
Un mois après Airbus Group, Dassault Aviation et Finmeccanica faisaient une annonce allant dans le sens d’un projet commun, à la veille du salon du Bourget en juin 2013. Et  lundi 19 mai (2014)  « Airbus Defence and Space, Dassault Aviation et Alenia Aermacchi (une compagnie de Finmeccanica) ont remis une proposition de définition plus approfondie d’un système de drone européen auprès des ministères français, allemand et italien de la Défense. Cette proposition suggère une Phase de Définition qui a été préparée par des équipes de développement conjointes d’Airbus Defence and Space, de Dassault Aviation et d’Alenia Aermacchi, et étayée par un accord industriel sur le partage des tâches et un accord de coopération pour lancer le programme MALE 2020« , indique lundi un communiqué des trois groupes.  « Cette initiative constitue une grande première pour des industriels habituellement concurrents, que ce soit dans les programmes avortés de drones (Dassault- BAE Systems d’un côté et EADS de l’autre) ou dans les avions de combat (le Rafale de Dassault, l’Eurofighter d’Airbus Group-BAE-Finmeccanica et le Gripen du suédois Saab) », souligne l’agence Reuters lundi.

Capacité stratégique

« En commandant en urgence 12 drones de surveillance Reaper à l’américain General Atomics l’an dernier, la France a provoqué un électrochoc chez les trois industriels européens dont le projet de drone « Male » 2020 prévoit de faire voler des drones Male (moyenne altitude-longue endurance) européens au début de la prochaine décennie », rappelle Reuters.

La phase de définition prévoit que les trois nations définissent et ajustent leurs expressions de besoin en faveur d’un drone européen en concertation avec leurs forces armées respectives et l’industrie européenne. Cette phase permettra également d’éviter les développements additionnels en cours de production et de réduire au maximum les risques financiers et techniques. Un engagement des nations vis-à-vis de la poursuite du développement de ce drone devra encore être officialisé à l’issue de la phase de définition, sachant que la proposition de l’industrie prévoit de livrer une solution certifiable et économiquement viable d’ici 2020. Les ministres de la défense européens avaient chargé en novembre l’Agence européenne de défense (AED) d’étudier le coût d’un drone européen de surveillance.

Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré : « Il s’agit là d’une occasion unique de développer cette capacité stratégique en Europe. Pour la première fois,
l’industrie démarre un projet avec un accord complet sur le partage général des tâches du programme MALE 2020. La proposition de la phase de définition a été élaborée par les équipes de conception conjointes, témoignant du fort engagement de notre industrie envers ce programme ».

Cependant, souligne Laurent Lagneau sur le blog Zone militaire opex360 : « c’est loin d’être gagné étant donné qu’il est question de créer un « club d’utilisateurs » du MQ-9 Reaper (3) en Europe. En outre, pour ce qui concerne la France, aucun crédit n’a été prévu par la dernière Loi de programmation militaire (LPM) pour financer le développement d’un drone MALE européen à l’horizon 2020… »

 

Edouard Pflimlin

 

(1) Un drone MALE vole en principe entre 10 000 et 30 000 pieds (de quelque 3 000 mètres à 9 100 mètres) d’altitude et pour une durée de 24 à 48 heures. Le plus connu est le Predator de la société américaine General Atomics. Il peut voler jusqu’à 7 600 mètres d’altitude pour une vitesse maximale de 220 km/h. Il emporte deux missiles air-sol AGM-114 Hellfire

(2) Un drone HALE  vole plus longtemps et plus haut encore que le MALE. Ainsi le plus connu, le  drone américain RQ-4 Global Hawk, de la société américaine Northrop Grumman, peut voler jusqu’à 18 300 mètres d’altitude pendant 36 heures.

(3) Le drone MQ-9 Reaper (« la faucheuse ») de General Atomics est un drone de combat et de surveillance plus rapide (480 km/h) et mieux armé que le Predator. Il peut emporter 4 missiles air-sol AGM-114 Hellfire, 2 missiles air-air AIM-92 Stinger et 2 bombes GBU-12 Paveway II.

Pour une présentation des problématiques autour des drones, notamment MALE, lire le rapport (un peu ancien) de l’Assemblée nationale du 1er décembre 2009 sur les drones.