Dans le centre de Kiev, des manifestants prennent part à un rassemblement en faveur de l’intégration de l’Ukraine dans l’Union européenne. | REUTERS/Gleb Garanich

L’Ukraine a montré son vrai visage la semaine dernière, historique à bien des égards.

Par le sang versé – une centaine de morts et des centaines de blessés – l’opposition, dans son immense majorité démocratique, au président Viktor Ianoukovitch corrompu et despotique, a montré son choix en faveur d’un pays libre et pro-européen.

« Vous êtes des héros de l’Ukraine » a lancé sur la Place de l’indépendance de Kiev l’ex-premier ministre Ioulia Timochenko, libérée samedi 22 février après avoir été emprisonnée plus de deux ans par les séides du régime de Ianoukovitch.

L’Union européenne doit faire un geste fort en direction de ces héros d’un pays qui veut la stabilité politique, le respect des principes démocratiques, de l’état de droit, d’une justice indépendance, d’une économie de marché fonctionnant sans corruption, d’une administration respectueuse des intérêts des citoyens…

Une troïka européenne avec les ministres des affaires étrangères, français, polonais et allemand, a joué un rôle dans l’accord de sortie de crise. Mais c’est la détermination des opposants sur la place de l’indépendance à Kiev qui a conduit au départ du président ukrainien.

L’Union européenne doit répondre à cette détermination par une détermination aussi forte d’ancrer ce pays dans la partie démocratique de l’Europe n’en déplaise à la Russie qui doit comprendre que l’Ukraine n’est pas une de ses provinces perdues. Pour cela il faut une perspective forte pour Kiev : l’adhésion à terme mais un terme fixé.

L’accord d’association, qu’a refusé lâchement et au tout dernier moment fin novembre 2013 de signer pour défendre son pouvoir et ses intérêts privés l’ex-président Ianoukovitch, n’a plus qu’à être signé par le futur président ukrainien qui sera élu cette année, peut-être Ioulia Timochenko. Cet accord permettra de préparer l’adhésion à l’UE en rapprochant l’Ukraine des normes européennes.

Un horizon de 10 ans autour de 2025 parait le plus réaliste. L’Union européenne sera alors sortie de la crise économique et financière après les efforts de redressement économique et en mesure d’intégrer un pays aux potentialités énormes: agriculture, mines, population éduquée, secteurs de pointe comme l’aéronautique ou l’armement, marché de 46 millions d’habitants…

La fin de la crise économique s’accompagnera on l’espère de la fin de l’euro-scepticisme et permettra aux politiques et aux citoyens européens d’être plus ouverts à l’élargissement de l’UE à sa partie orientale, mouvement logique car l’Europe ne s’arrête pas à la Pologne. L’Ukraine a d’ailleurs été longtemps polonaise.

L’UE a tout intérêt à une Ukraine en son sein, pas seulement pour son marché et des raisons économiques mais aussi pour stabiliser sa frontière orientale, pour faire bénéficier nos voisins des vertus de la démocratie ouest-européenne, pour les faire entrer dans la grande famille européenne. L’Ukraine sera un modèle pour les pays sous le joug de la dictature à l’est. Ces pays regardent l’Ukraine a souligné Ioulia Timochenko.

C’est enfin un devoir européen de ne pas refermer la porte de l’UE à l’Ukraine mais au contraire de l’ouvrir clairement. Il y va de son honneur et du respect de son histoire, de ses valeurs et donc de son identité.

Article coécrit avec Michel Taube, directeur du site d’information Opinion Internationale.