Un tanker battant pavillon maltais et appartenant à une compagnie turque a été pris par des pirates au large de Port-Gentil, au Gabon, a indiqué lundi 15 juillet un responsable du ministère des affaires étrangères turc. Cette opération, qui a lieu alors qu’était publié le même jour le rapport du Bureau maritime international sur la piraterie mondiale portant sur la période janvier-juin 2013, est significative de l’évolution depuis plusieurs semestres de la piraterie en mer : cette dernière est de plus en plus active au large de la côte ouest de l’Afrique, et notamment dans le golfe de Guinée, alors qu’elle diminue nettement à l’est du continent, au large de la Somalie, et plus globalement sur la planète.

En effet, le nombre d’actes de piraterie maritime a baissé dans le monde sur les six premiers mois de 2013, tandis que le nombre d’enlèvements en mer a bondi dans le golfe de Guinée, selon le rapport de l’organisation. 138 incidents ont été enregistrés à travers le monde, contre 177 sur la même période en 2012. Les détournements ont chuté de 20 à sept en 2013, tandis que le nombre de marins pris en otage est tombé de 334 à 127. Les bateaux les plus visés par les attaques sont des vraquiers et des chimiquiers.

BAISSE MARQUÉE EN AFRIQUE DE L’EST

Dans le golfe d’Aden et de la Somalie au large de l’Afrique de l’Est, huit incidents de piraterie ont été enregistrés au cours des six premiers mois de 2013, avec 34 marins pris en otage. Le BMI attribue cette baisse significative de la fréquence et de la portée des attaques de pirates somaliens aux actions entreprises par les marines internationales (comme l’opération de l’Union européenne Atalanta lancée en 2008, et dont le mandat court jusqu’à décembre 2014), ainsi que des mesures préventives prises par les navires marchands, y compris le déploiement de personnel de sécurité armé sous contrat privé. « Les marines continuent à jouer un rôle essentiel pour assurer que cette menace est maintenue sous contrôle », estime Pottengal Mukundan, directeur du BMI. « Les deux navires détournés ont été récupérés par une action navale avant que les pirates ne puissent les conduire en Somalie. Seuls les marines de guerre peuvent prendre de telles mesures après un détournement. »

Mais malgré la protection temporaire procurée également par les conditions météorologiques – la mousson du sud-ouest dans certaines parties de la mer d’Arabie complique les attaques pour les pirates – la menace demeure, et les navires de commerce sont invités par le BMI à être très vigilants. Au 30 juin 2013, les pirates somaliens détenaient 57 membres d’équipage et attendaient le paiement de rançons, auxquels s’ajoutent 11 autres marins kidnappés dans des conditions et des lieux inconnus. Quatre d’entre eux sont détenus depuis avril 2010, et sept depuis septembre 2010.

ATTAQUES DES PIRATES AU NIGERIA

A l’inverse, dans le golfe de Guinée, les actes de piraterie sont en hausse avec 31 incidents dans la région, dont 22 ont eu lieu au large des seules côtes du Nigeria. Ils se déroulent « bien au-delà des eaux territoriales des Etats », précise le BMI. « Des pirates armés dans le golfe de Guinée ont pris 56 marins en otage et sont responsables des 30 enlèvements d’équipages enregistrés jusqu’ici en 2013. Une personne a été tuée et au moins cinq autres blessées », note le rapport.

M. Mukundan a exhorté les dirigeants d’Afrique centrale et de l’Ouest à mettre en application un accord conclu le 25 juin autour de la création d’un organe régional chargé de lutter contre la piraterie dans le golfe de Guinée et d’un code de conduite commun. « Ce code de conduite doit se traduire rapidement en faits sur l’eau. Si ces attaques ne font pas l’objet d’un contrôle, elles seront plus fréquentes, plus audacieuses et plus violentes », a-t-il mis en garde.

Le BMI estime le coût des marchandises volées en 2012 dans le golfe de Guinée dans une fourchette de 34 à 101 millions de dollars (25 à 75 millions d’euros). Les pays les plus concernés sont notamment le Nigeria, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Guinée équatoriale, le Gabon et le Togo. Ailleurs dans le monde, les attaques contre des navires se sont concentrés en Asie du Sud-Est, particulièrement sur les ports et mouillages en Indonésie où 48 attaques ont été enregistrées. Dans cette région la coopération internationale reste plus que jamais nécessaire pour faire face à ce fléau.

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