Une révolution est en marche après celle des drones militaires : celle des appareils commerciaux sans pilote. Alors que les budgets militaires en Occident se replient, le marché de l’aviation civile mondiale est très prometteur.

Le cabinet Frost & Sullivan estime qu’il devrait atteindre 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros) à l’horizon 2015-2016. Frédéric Serre, président du directoire de Delta Drone, un des leaders français des drones civils, chiffre à « 15 milliards de dollars pour les cinq à sept ans à venir la taille du marché civil mondial ».

Et c’est aux Etats-Unis que les perspectives sont les plus fortes. Le Congrès a imposé que l’espace aérien américain soit ouvert d’ici à octobre 2015 à ces engins volants.

Selon l’Association internationale pour les systèmes de véhicule sans pilote (Auvsi), le gain économique de l’intégration des drones civils dans l’espace américain atteindrait 82,1 milliards de dollars entre 2015 et 2025. Elle estime que l’agriculture de précision et la sécurité publique représenteront environ 90 % des marchés.

Mais les drones apporteront également une aide précieuse dans la gestion des catastrophes et la cartographie des feux de forêt ou encore les actualités et le divertissement. D’ici à cinq ans, plus de 7 000 petits drones sillonneront le ciel américain, selon les calculs de l’Agence fédérale de l’aviation américaine (FAA).

ÉVITER LES RISQUES DE COLLISION

Avec des risques d’atteinte à la vie privée. Les drones sont, par exemple, capables d’identifier la marque d’un paquet de lait à plus de 18 000 mètres d’altitude, prévient l’organisation de défense des droits sur Internet, Electronic Frontier Foundation. Aussi « des règles doivent être mises en place pour que nous puissions profiter de ces nouvelles technologies sans devenir une société de la surveillance », demande l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU).

Une trentaine d’Etats américains travailleraient déjà sur des législations pour limiter l’usage des drones, se félicite-t-elle. Il reste aussi des questions techniques à régler pour éviter les risques de collision.

En France, l’utilisation des drones civils est encadrée par un arrêté du 11 avril 2012 de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). Le marché attend d’exploser « parce qu’il y a une période de latence avec la réglementation de la DGAC qui a été mise en place pour une période d’observation de vingt-quatre mois », indique M. Serre.

Actuellement, la DGAC n’envisage que quatre scénarios d’usages restreints. Le « marché français est confidentiel, de l’ordre de quelques millions d’euros », explique François Baffou, qui organise depuis 2010 l’UAV Show Europe, le Salon international du drone civil. « Seules 220 sociétés ont déposé un « manuel d’activités particulières » qui leur donne le droit d’opérer sur le territoire français ».

Mais cette réglementation « déclenche des opportunités innovantes pour les entreprises de se positionner sur un marché émergent et mondial », insiste M. Serre. Hormis Delta Drone, d’autres sociétés et une région se distinguent déjà. L’Aquitaine a pris de l’avance. La première zone européenne d’essais en vol pour les drones civils a été installée à Martignas-sur-Jalle (Gironde).

Elle accueille aussi l’UAV Show Europe. Enfin, elle concentre de nombreuses sociétés comme Aérodrones, leader européen des stations sol pour les aéronefs sans pilote, ou Fly-n-Sense. Les drones de cette dernière ont déjà aidé les pompiers des Landes dans la lutte contre les incendies.

DE NOUVEAUX MÉTIERS

« Il y a désormais une demande d’industriels comme ERDF », souligne M. Baffou. Delta Drone voit des ouvertures dans six secteurs, dont l’agriculture céréalière. Grâce à ses drones très légers, elle peut mesurer et détecter avec une précision millimétrique les anomalies (insectes nuisibles, par exemple) sur des exploitations de plusieurs centaines d’hectares.

Cela permet d’optimiser les rendements. Ces secteurs génèrent aussi de nouveaux métiers. Ils touchent à la « l’interprétation photo, l’interprétation vidéo, le télépilotage et les techniques embarquées sur les drones », estime M. Baffou.

Et l’Europe ? Un groupe de travail de la Commission européenne a publié, le 6 septembre 2012, un document dans lequel il prône une stratégie pour le développement des applications civiles des drones.

Il propose de les intégrer à partir de 2016 dans l’espace civil européen. Une feuille de route devrait être officiellement remise le 20 juin à la Commission européenne lors du Salon du Bourget, qui aura lieu du 17 au 23 juin. Plus que pour les drones militaires européens, dont certains programmes tournent au fiasco – Moyenne Altitude longue endurance (MALE) notamment –, l’Europe a des atouts pour développer les drones civils.

Mais pour l’AeroSpace and Defence Industries Association of Europe, établir un cadre de réglementation raisonnable et pragmatique en Europe et stimuler les investissements en infrastructures et technologies est indispensables pour profiter de l’essor des drones civils. Cela « afin de ne pas rater la révolution des drones civils comparable à celle qu’a connue le monde avec Internet au début des années 2000 », insiste M. Serre, qui aimerait que les autorités françaises soutiennent plus ce marché stratégique.

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