Entretien avec Florian Delorme dans le cadre de l’émission CulturesMonde diffusée sur France Culture le 30 janvier 2013.


L’essentiel des drones qui circulent aujourd’hui dans le ciel appartiennent aux USA. Entre 2002 et 2012, leur flotte est passée de 167 appareils à plus 7000. Selon le bilan de l’U.S. Air Forces Central Command, 506 missiles ont été tirés par des drones en Afghanistan au cours de l’année. Du côté du Pakistan, pas de chiffres officiels mais on parle de 46 frappes, et pour ce qui est du Yémen de 24 frappes… (pas plus tard que la semaine dernière, une frappe aurait tué six djihadistes présumés). Mais ces attaques sont-elles réellement « efficaces » ? Ne sont-elles pas plus contre-productives que l’on ne pourrait le penser ?

Quoiqu’il en soit, il est clair que l’utilisation de drones d’attaque est en train de se généraliser. Ils sont devenus la pierre angulaire de l’administration Obama dans sa lutte contre le terrorisme, l’outil de prédilection pour éliminer les dirigeants d’Al Qaeda et nul doute que la tendance ira grandissante avec l’arrivée de John Brennan à la tête de la CIA (ancien conseiller à la lutte antiterroriste d’Obama et fervent partisan des frappes de drones).

Ces nouvelles guerres « à distance » ne sont pas sans poser questions. Depuis les premières utilisations en 2004, les quelque 300 raids sur le sol pakistanais auraient causé la mort de plus de 2500 personnes, dont une grande partie de civils innocents. Nous parlerons aujourd’hui avec un avocat pakistanais défendant les familles de ces victimes.

Nous pouvons également nous interroger sur la chaine de commandement qui se dissimule derrière ces nouvelles guerres à distance, depuis l’élaboration de la liste des « cibles à abattre » par ces avions sans pilote, jusqu’à l’opérateur chargé – depuis un confortable caisson climatisé sur une base située à plusieurs milliers de km – d’actionner un missile via un joystick (un objet et tout un environnement fait d’écrans, de claviers et d’ordinateurs qui relèvent plus, pour ces très jeunes gens, du monde du jeu vidéo que de celui du terrain de guerre).

Autres invités : Shahzad Abkar, avocat, fondateur d’une association qui protège et défend les victimes civiles des drones ; Charles Cogan, journaliste et chercheur à Harvard, ancien employé de la CIA.