Le ministère de la défense japonais vient de publier son rapport « Défense du Japon 2012 (1) ». Publication annuelle du ministère, ce Livre blanc recense l’état des menaces et les développements de la politique de défense de l’Archipel. Comme le constate le ministre de la défense, Satoshi Morimoto, « l’environnement en matière de sécurité autour du pays devient de plus en plus dur ». Il s’agit pour Tokyo de gérer l’expansion militaire chinoise, les caprices nord-coréens, mais également les différends territoriaux avec la Corée du Sud et l’activité militaire russe en Extrême-Orient.

En ce qui concerne la Corée du Nord, le rapport estime qu’il reste une menace. « Après la mort du président de la Commission nationale de la Défense, Kim Jong-il, Kim Jong-un a effectué des visites fréquentes à l’armée et s’est référé à l’importance de l’armée. Sa position, qui considère l’armée importante et sur laquelle il faut compter, devrait être maintenue. ». Le Livre blanc s’inquiète du programme balistique et des armes de destruction massive nord-coréennes. Il n’écarte pas la possibilité que Pyongyang puisse parvenir à miniaturiser ses armes nucléaires, ce qui permettrait de les placer sur ses missiles balistiques…

Concernant la Chine, le Japon évoque le risque pour sa sécurité que constitue à ses yeux le rôle croissant joué par l’armée chinoise dans la définition de la politique étrangère du pays. D’aucuns, souligne le rapport annuel japonais, estiment que les relations entre l’Armée populaire de libération et la direction du Parti communiste chinois (PCC) « se complexifient » et estiment qu’il y a là un sujet de préoccupation. « Cette situation nécessite l’attention en tant que problème de gestion du risque. », ajoute le Livre blanc, publié au moment où de nombreuses voix s’élèvent en Chine pour que les autorités adoptent une ligne plus dure dans les différends territoriaux qui opposent le géant chinois à ses voisins.

Selon le Livre blanc, l’Armée populaire de libération (APL) ferait de plus en plus d’incursions dans l’arène politique, ce qui représente un changement radical dans le couple politique-militaire. Le rapport estime cependant que l’APL pourrait voir son influence diminuer avec la réduction du nombre de hauts responsables militaires au sein des instances politiques dirigeantes lors du prochain renouvellement de l’exécutif à l’automne.

Comme il y a un an, Tokyo s’inquiète du rapide développement militaire de la Chine, notamment de sa marine. Le budget de la défense chinoise a été multiplié par 30 depuis 1988. En mars dernier, le premier ministre chinois Wen Jiabao avait annoncé devant l’Assemblée nationale populaire que la Chine allait accélérer en 2012 la modernisation de son armée, un jour après l’annonce d’une hausse à deux chiffres (11,2%) du budget de la défense. Le ministère de la Défense japonais souligne que, même si l’objectif de cette modernisation de l’armée chinoise est en premier lieu d’empêcher l’indépendance de Taïwan, la Chine renforce ses capacités de projection de puissance. Par ailleurs, la Chine a « étendu et intensifié ses activités dans les eaux entourant le Japon. Ces évolutions, avec le manque de transparence des affaires militaires et des questions de sécurité chinoises, sont préoccupantes pour la région et la communauté internationale, incluant le Japon et requièrent une analyse prudente. »

Face à ces menaces protéiformes, Tokyo réaffirme donc l’importance de son alliance avec les Etats-Unis. « La présence des forces américaines stationnées au Japon agit comme un agent de dissuasion [dans la région] et apporte un sentiment de sécurité aux pays de la région. », lit-on dans le rapport. Cette réassurance officielle intervient d’ailleurs dans un contexte de manifestations publiques contre le déploiement prévu d’avions-hélicoptères Osprey par les Etats-Unis sur la base d’Okinawa, en raison des interrogations relatives à leur sécurité.

Le renforcement de l’Alliance américaine passe par des exercices communs renforcés et un accroissement de la coopération dans le cadre de la défense antimissiles. Le rapport insiste sur la coopération régionale mais aussi au-delà de l’Asie de l’Est. C’est « un des piliers de la politique de sécurité du Japon ». Elle se fait dans le cadre des forums régionaux en matière de sécurité comme les « réunions plus » des ministres de la Défense de l’ASEAN (ADMM Plus), mais aussi par la coopération avec plusieurs pays comme l’Australie, l’Inde ou encore la Corée du Sud. En juin 2012, des manœuvres navales importantes ont eu lieu respectivement avec l’Inde et la Corée du Sud et les Etats-Unis. Il s’agissait d’ailleurs des premières manœuvres navales du genre avec la participation commune de l’Inde et du Japon au large du Golfe de Sagami.

Nul doute que ce rapport n’est pas toujours perçu avec bienveillance surtout en Chine qui y voit un retour du militarisme japonais (2) contraire à « l’environnement généralement pacifique dans la région. » Ceci alors que Pékin multiplie les provocations, notamment en mer de Chine méridionale. Mais la Corée du Sud s’est aussi offusquée mardi 31 juillet du fait que le rapport réitère la revendication japonaise sur l’îlot contesté de Dokdo (3).

La situation régionale est donc particulièrement tendue et Tokyo doit maintenir son effort de défense, sous contraintes budgétaires, rendant l’équation particulièrement complexe ! Le rapport indique enfin que « les ressources seront sélectivement concentrées seulement sur les fonctions réellement nécessaires. » Ce qui n’a pas empêché l’acquisition de matériels coûteux comme l’avion de combat américain F-35 furtif ou des programmes de recherche dans le domaine de l’espace en matière de communication et de renseignement notamment.

(1) Defense of Japan 2012
(2) Japan’s defense report a ruse, China Daily, 1er août 2012,
(3) South Korea protests Japan’s islet claim in defense white paper, Sina English, 31 juillet 2012.