Alors que se profilent de nouvelles tensions entre l’Ukraine et la Russie sur le prix du gaz et le premier ministre russe Vladimir Poutine va revenir aux affaires après la présidentielle de 2012, il convient de ne pas négliger nos voisins de l’Est européen qui pourraient, pour certains, retomber dans le giron russe politique ou économique, ce qui serait dommageable à leur marché vers la démocratie et la prospérité.

La Pologne qui assure la présidence de l’Union européenne accueille jeudi et vendredi à Varsovie un sommet du « Partenariat oriental », avec l’espoir de combler les aspirations européennes de ses voisins orientaux, une gageure au moment où l’UE a les yeux rivés sur la Méditerranée.

Pour favoriser l’ancrage de ces pays au monde occidental, l’UE a créé le Partenariat oriental, qui est un accord d’association que l’Union européenne (UE) a conclu avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie, inauguré à Prague le 7 mai 2009.
Il a été présenté par le ministre des Affaires étrangères de la Pologne Radoslaw Sikorski [réf. nécessaire] avec l’assistance de la Suède.

Au titre de ce partenariat, qui entre dans le cadre de la politique de voisinage de l’UE, l’Ukraine, considéré comme « pays européen » et non comme « Etat européen » ayant droit à déposer une demande d’adhésion à l’UE, reçoit 300 millions d’euros d’aide (à comparer aux 12 milliards d’euros d’aide que reçoit la Pologne dans le cadre de la PAC et de la politique de cohésion) .

Le partenariat oriental ouvre de nombreuses perspectives pour l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Belarus, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine: accords de libre-échange, aide financière, aide à la sécurité énergétique et déplacements vers l’Union européenne (UE) sans visa. Il pourrait également renforcer la sécurité et la stabilité aux frontières orientales de l’Europe.

Cette région a connu de nombreuses crises depuis la chute de l’Union soviétique et reste fragilisée par des conflits latents. Lors du sommet organisé à Prague pour le lancement du programme, le président Barroso a déclaré que l’établissement de relations plus fortes avec ses voisins orientaux était d’un intérêt vital pour l’Union européenne.

Le partenariat ajoute une dimension orientale spécifique à la politique européenne de voisinage de l’UE. L’élément central de la politique européenne de voisinage repose sur les plans d’action PEV bilatéraux approuvés mutuellement par l’UE et chaque partenaire. Ceux-ci définissent un programme de réformes économiques et politiques avec des priorités à court et moyen terme. La mise en œuvre des plans d’action PEV (convenus en 2005 avec Israël, la Jordanie, la Moldavie, le Maroc, l’Autorité palestinienne, la Tunisie et l’Ukraine, en 2006 avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, et en 2007 avec l’Égypte et le Liban) est en cours. La mise en œuvre est conjointement encouragée et surveillée par les sous-comités.

Etant donné que la PEV s’appuie sur des accords existants (Accords de partenariat et de coopération et Accords d’association dans le cadre du partenariat Euro-méditerranéen), la PEV n’est pas encore « activée » pour la Biélorussie, la Libye ou la Syrie, puisque de tels accords ne sont pas encore en vigueur.

Le conflit de l’été 2008 entre la Russie et la Géorgie et le différend qui a opposé la Russie et l’Ukraine en janvier sur la question du gaz ont mis en évidence l’urgence de conclure un tel accord. Les troubles survenus récemment en Moldavie ont par ailleurs ravivé les inquiétudes sur la stabilité de la région.

L’UE proposera à ces six pays une aide financière accrue pour soutenir leurs réformes politiques et économiques. Menées avec succès, ces réformes pourraient déboucher sur de vastes accords d’association avec l’UE, promouvant le libre-échange et garantissant la sécurité énergétique. Ce dernier point est important pour les pays européens dont les importations de gaz et de pétrole en provenance de la Russie transitent par cette région.

Ces six anciennes républiques soviétiques ont toutefois fort à faire pour devenir de véritables démocraties et faire prévaloir l’État de droit. Durement touchées par la récession, elles sont encore loin d’avoir achevé leur transition vers l’économie de marché.

Le Partenariat Oriental devrait aussi promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance, renforcer la sécurité énergétique, promouvoir des reformes sectorielles et la protection de l’environnement, encourager les contacts interpersonnels, soutenir le développement économique et social, offrir des ressources financières supplémentaires pour des projets visant à réduire les déséquilibres socio-économiques et accroitre la stabilité dans la région.

Le 31 mars 2011, le Commissaire chargé de l’élargissement et de la politique européenne de voisinage Stefan Füle a annoncé le lancement du programme East-Invest dans le cadre du Partenariat oriental (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Biélorussie, Moldavie et Ukraine). Financé par l’Union européenne à hauteur de 8,75 millions d’euros, ce programme vise à favoriser les investissements et les échanges commerciaux au niveau régional, notamment en développant les échanges entre les organismes publics et privés de l’Union européenne et des pays du partenariat oriental.

Il se veut un pendant oriental à l’Union pour la Méditerranée chère à la France et a pour objectif de renforcer les relations économiques et politiques entre l’Europe et ces pays.

Varsovie voudrait également offrir aux pays concernés, issus de l’ex-URSS, une perspective d’adhésion à l’UE et de suppression, sous conditions, des visas d’entrée.

« Ce qui nous intéresse, c’est l’achèvement de négociations concernant l’accord d’association avec l’Ukraine d’ici la fin de l’année », a déclaré le ministre des affaires étrangères polonais Radoslaw Sikorski dans l’édition polonaise de Newsweek publiée lundi. Une déclaration en ce sens devrait être publiée lors du sommet.

Pendant ce sommet, « nous allons annoncer l’ouverture de négociations, déjà bien préparées, sur les accords d’association entre l’UE, la Moldavie et la Géorgie. Ces pays doivent comprendre qu’actuellement le climat n’est pas favorable à l’élargissement de l’UE, mais cela ne veut pas dire que tout s’est arrêté et que ce temps est perdu », a-t-il ajouté.

Avec le printemps arabe, l’Union européenne regarde surtout vers la rive sud de la Méditerranée. Le projet de Partenariat oriental n’intéresse guère les pays du Sud de l’Europe. « Il s’agit d’un projet cher surtout à la Pologne et en ce moment on n’en voit pas trop l’intérêt », dit un diplomate de haut rang à Bruxelles , rapporte récemment l’AFP ( « L’UE se réunit en sommet avec ses voisins de l’Est mais regarde vers le Sud », Emmanuel ANGLEYS, AFP, 27 septembre 2011)

Le chef de l’Etat français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron ne feront ainsi pas le déplacement pour ce sommet et seront représentés respectivement par François Fillon, Premier ministre, et Nick Clegg, vice-Premier ministre.

Fondamentalement, pour les initiateurs du projet le Partenariat oriental se veut une passerelle vers une adhésion à terme à l’UE. Mais pour d’autres en Europe il doit, au contraire, la remplacer.

Et l’actuelle situation politique difficile en Ukraine et au Bélarus constitue un frein au rapprochement. Le procès engagé en Ukraine contre l’ancien Premier ministre Ioulia Timochenko suscite de vives critiques au sein de l’UE.
Mme Timochenko est jugée depuis fin juin pour avoir outrepassé ses prérogatives de Premier ministre en 2009 en autorisant, sans l’approbation du gouvernement, la signature de contrats sur l’importation de gaz russe à un prix jugé actuellement trop élevé pour Kiev.

La finalisation de l’accord de libre-échange avec l’Ukraine ne pourra intervenir que si le cas de Mme Timochenko est réglé, a souligné le ministre affaires étrangères français Alain Juppé lors d’une réunion avec ses homologues de l’UE début septembre à Sopot (nord de la Pologne).

Avec la Biélorussie soumise au régime autoritaire du président Alexandre Loukachenko, les relations de l’UE sont au plus bas. Le régime de Minsk, sous le coup de sanctions occidentales, a procédé à de multiples arrestations d’opposants depuis la réélection de Loukachenko en décembre 2010 et plusieurs dirigeants de l’opposition ont été condamnés à de lourdes peines de prison.
Comme les autres ministres européens avant lui, M. Sikorski a réclamé à nouveau vendredi « la libération de tous les prisonniers politiques sans exception », emprisonnés par le régime du président Loukachenko, « la condition du dialogue avec l’Union européenne ». 

Dans un entretien avec le ministre polonais des Affaires étrangères, Radek Sikorski , le journaliste Nicolas Gros-Verheyde, qui anime Bruxelles 2, Le premier blog – webnews francophone consacré à la Politique étrangère de l’UE et l’Europe de la Défense, le ministre est confiant sur le sommet : « Nous sommes en train de finaliser la zone de libre échange et le traité d’association avec l’Ukraine. Cela n’a pas été chose facile. Cela représente des centaines et centaines de pages. Un tas comme çà (il montre de sa main à hauteur de son coeur). Quant il sera totalement appliqué, l’Ukraine aura mis en vigueur 80% de l’acquis communautaire. La libéralisation des visas : ce n’est pas une question de court ou moyen terme, il faut le faire aussi vite que possible. On veut aussi annoncer l’ouverture de la majeure partie des programmes européens aux partenaires de l’Est. Il ne agit pas de créer de nouveaux programmes mais d’ouvrir ceux qui existent – – comme Erasmus pour les étudiants – »à ces pays. »

Il voit une adhésion à l’UE possible assez vite : « Tout dépend comment on surmonte la crise aujourd’hui. J’ai discuté avec mon collègue allemand il y a déjà 4 ans W. Steimeier. On était alors dans un tout autre contexte. Et on pouvait envisager une date, aux environs de 2020 pour l’Ukraine. Pour la Moldavie, aussi, c’est abordable (dans cet horizon). Car ils ont des frontières communes tant avec l’Union européenne qu’avec l’Ukraine. La Géorgie a également fait de gros progrès. Pour la Biélorussie, l’opposition est mieux organisée que jamais ; elle est pro-européenne alors que le gouvernement est dans le doute. S’il y a un changement politique, on peut trouver rapidement une solution ».

On peut être loin d’être aussi optimiste quand on connaît l’état dramatique de certains de ces pays au plan économique et politique. Outre la répression politique en Biélorussie, la crise économique grave risque de faire passer le pays sous la coupe russe. Confronté à une grave crise économique, elle a proposé vendredi 23 septembre 2011 de céder des participations d’entreprises publiques au géant russe de l’énergie Gazprom, déjà sur le point de prendre le contrôle de la société biélorusse Beltransgaz.

De son côté, M. Miller a indiqué que Gazprom et le Bélarus préparaient un nouveau contrat sur la vente de gaz russe et un accord sur l’acquisition par Gazprom de 50% des parts de Beltransgaz.

En mai 2007, Gazprom avait déjà acquis 50% de Beltransgaz pour 2,5 milliards de dollars. Cette vente avait été décidée fin 2006 au plus fort d’un bras de fer entre Moscou et Minsk au sujet du prix du gaz russe vendu à la Biélorussie.
Pays à l’économie dirigiste, Minsk avait obtenu en juin un crédit de trois milliards de dollars sur trois ans auprès de partenaires de l’ex-URSS, parmi lesquels la Russie, qui doit l’aider à sortir de la crise financière dans laquelle il est plongé depuis des mois. Mais Moscou a posé comme condition que le pays procède à d’importantes privatisations.

Chez son voisin ukrainien, la situation n’est guère plus enviable. L’affaire Timochenko empoisonne les relations UE-Ukraine : Le parquet ukrainien a requis mardi sept ans de prison contre l’opposante Ioulia Timochenko, poursuivie pour abus de pouvoir, un dossier qui exacerbe les tensions avec l’UE au moment où Kiev cherche à resserrer les liens avec ses partenaires européens. L’Union européenne craint que cette affaire ne soit en réalité un règlement de compte politique qui permettrait au président Viktor Ianoukovitch de se débarrasser de sa principale opposante.

A la mi-septembre, l’UE a haussé le ton contre Kiev en conditionnant un accord d’association, que l’Ukraine espère conclure en décembre, à la remise en liberté de Mme Timochenko. Bruxelles a aussi qualifié de « soviétique » la législation sur laquelle se basent les poursuites.

Certains médias et analystes ukrainiens estiment cependant que le pouvoir ukrainien était peu enclin à céder aux appels européens. « La décision finale sur Timochenko n’a pas encore prise », relève pour sa part Volodymyr Fessenko, directeur du centre des études politiques Penta.

Ianoukovitch ne veut pas faire preuve de faiblesse. Si Timochenko était relâchée, on dira qu’il a cédé à la pression de l’Occident.  » S’il accepte de faire des concessions, ce ne sera pas pour tout de suite », estime l’analyste.

Selon lui, le pouvoir ukrainien pourrait décider du sort de Mme Timochenko après le sommet du Partenariat oriental de l’UE, prévu jeudi et vendredi à Varsovie, et auquel M.Ianoukovitch doit participer. « Une condamnation a de la prison serait trop risquée avant le sommet » car elle exposerait le président ukrainien à une avalanche de critiques en plein sommet, souligne M. Fessenko.

Le partenariat oriental n’offrira de vraies perspectives que lorsque certains régimes autoritaires tomberont. Sans quoi, la Russie continuera de mener le  » bal des vampires » pillant ces riches Etats des confins de l’UE !

Lire le blog : http://www.bruxelles2.eu/europe-caucase/asie-centrale-georgie-russie-europe-caucase/radek-sikorski-le-partenariat-oriental-un-createur-de-stabilite.html

Lire sur la relation Ukraine-UE sous le président Ianoukovitch : http://www.robert-schuman.eu/doc/questions_europe/qe-214-fr.pdf

Lire cet article sur Fenêtre sur l’Europe

 

Edouard Pflimlin est journaliste et chercheur associé à l’IRIS.

Il est l’auteur d’une note de la Fondation Robert Schuman : « Vers l’autonomie des capacités militaires de l’Union européenne ? », parue en 2006.

Se la procurer : http://www.robert-schuman.eu/doc/notes/notes-33-fr.pdf