L’Ukraine semble trouver une voie équilibrée entre l’Est et l’Ouest, s’assurant ainsi une plus grande indépendance. Mais aux succès extérieurs s’oppose une crise qui atteint les fondements mêmes de la société. En provoquant la mort de 63 mineurs dans la mine de Skachinskoho, le 4 avril dernier, un coup de grisou a mis en relief la vétusté d’installations non entretenues et la réalité du délabrement social. Celui-ci n’est pas neutre dans le résultat des élections législatives du 29 mars, qui avaient vu les communistes et leurs alliés de gauche, opposés aux réformes libérales du président Leonid Koutchma, obtenir 173 des 450 sièges au Parlement.

Kiev paraît enfin en mesure de trouver sa place sur la scène internationale. Tout d’abord, à travers la réconciliation avec ses principaux voisins. Le 21 mai 1997, une déclaration sur l’entente commune et la réconciliation avec la Pologne a été signée à Kiev. Elle vise à rapprocher les deux peuples, en promouvant les minorités polonaise et ukrainienne présentes dans chaque Etat. Deux semaines plus tard, le 2 juin, l’Ukraine a signé un traitéde bon voisinage et de coopération avec la Roumanie. Il règle le problème des frontières, dont l’intangibilité est enfin reconnue, et la question des droits de la minorité roumaine en Ukraine, que Kiev s’engage à régir selon les recommandations du Conseil de l’Europe. Quant à la Biélorussie, un traité signé en avril 1997 vise à délimiter les frontières communes. Une première du genre dans la Communauté des Etats indépendants (CEI).

Mais c’est surtout avec le « grand frère » russe que la situation est bouleversée. Minée par les problèmes de la dette énergétique envers la Russie, du partage de la flotte de la mer Noire et de la souveraineté de la Crimée, la normalisation des relations bilatérales semblait ne devoir jamais aboutir. Or, après des discussions secrètes, un traité d’amitié a été signé les 28 et 31 mai 1997 à l’occasion de la venue à Kiev du président Boris Eltsine – cette visite avait été reportée six fois au cours des cinq dernières années.

La Russie reconnaît l’intégrité territoriale ukrainienne, y compris la Crimée, alors qu’elle a longtemps favorisé les tendances indépendantistes dans cette région, peuplée en majorité de Russes et rattachée à l’Ukraine en 1954 seulement. Par ailleurs, les ports de Sébastopol et de Feodossia, à l’est de la péninsule, sont loués par bail aux Russes pour une période de vingt ans, contre une centaine de millions de dollars.

L’Ukraine récupère, quant à elle, certains bassins à Sébastopol, mais ceux-ci ne peuvent accueillir que des navires de faible tirant d’eau ; la Russie conserve les principaux, ceux où peuvent mouiller les grands navires de (…)

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